dans un amphithéâtre y avait un macchabée
Dansun amphithéâtre · La Bande à DuduleMaxi chansons paillardes (53 titres)℗ EGTReleased on: 2006-11-22Author: PUB DOMComposer: PUB DOMAuto-generated by You
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Unmissile s'abat dans la salle. Petite vidéo humoristique.
Jeme demande si c'est ce cimetière qui a inspiré la chanson " Dans un amphithéâtre, dans un amphithéâtre, y'avait un macchabée, macchabée, macchabée, macchabée, tsoin, tsoin" ? (pour ceux qui prennent tout au premier degré, inutile de me répondre pour m'expliquer que ça n'a rien à voir avec ce cimetière, je sais déjà que cette chanson parle
Lesamedi 18/juin/2022, nous avions une manifestation à partir de 13H30 chez Terrabotanica dans l'amphithéâtre,or, la climatisation ne fonctionnait pas, l'horreur,une chaleur insupportable, On nous as même pas mis de l'eau à disposition (soi disant qu'ils n'avaient pas été livré). Dommage, je déconseille de faire des manifestations l
nonton film the human centipede 3 sub indo. Chapitre I Dans quelles contrées les apôtres ont prêché le Christ 1 Les affaires des Juifs en étaient là ; les saints apôtres et disciples de notre Sauveur se trouvaient alors dispersés par toute la terre. Thomas selon la tradition reçut en partage le pays des Parthes, André eut la Scythie, Jean, l’Asie où il vécut ; sa mort eut lieu à Ephèse. 2 Pierre paraît avoir prêché dans le Pont, en Galatie, en Bithynie, en Cappadoce et en Asie aux juifs de la dispersion. Venu lui aussi à Rome en dernier lieu, il y fut crucifié la tête en bas, ayant demandé de souffrir ainsi. 3 ; Que dire de Paul ? Depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyricum, il acheva la prédication de l’évangile du Christ et fut enfin martyrisé à Rome sous Néron. Voilà ce qui est dit textuellement par Origène, dans son troisième livre de ses Expositions sur la Genèse. Chapitre II Qui fut le remier chef de l’Église des romains Après le martyre de Paul et de Pierre, Lin le premier obtint la charge épiscopale de l’église des Romains. Paul fait mention de lui, lorsqu’il écrit de Rome à Timothée, dans la salutation à la fin de l’épitre. Chapitre III Les épîtres des apôtres 1 Une seule épître de Pierre, celle qu’on appelle la première, est incontestée. Les anciens presbytres s’en sont servis dans leurs écrits comme d’un document indiscuté. Quand à celle qu’on présente comme la seconde, nous avons appris qu’elle n’était pas testamentaire ; mais parce qu’elle a paru utile à beaucoup, on l’a traitée avec respect ainsi que les autres écritures. 2Pour ce qui est des Actes qui portent son nom, de l’Évangile qu’on lui attribue, de ce qu’on appelle sa Prédication et son Apocalypse, nous savons qu’ils n’ont absolument pas été transmis parmi les écrits catholiques, et qu’aucun écrivain ecclésiastique ancien ou contemporain ne s’est servi de témoignages puisés en eux. 3 Dans la suite de cette histoire, je ferai œuvre utile en mentionnant, avec les successions, ceux des écrivains ecclésiastiques qui se sont servis en leur temps des écrits contestés, de quels écrits ils se sont servis, ce qui est dit par eux, soit des écritures testamentaires et reconnues, soit de celles qui ne le sont pas. 4Mais de celles qui portent le nom de Pierre, dont je ne connais quune seule, authentique et admise par les presbytres anciens, voilà tout ce qui est à dire. 5 Pour les quatorze épîtres de Paul, au contraire, leur cas est clair et évident ; que certains cependant rejettent l’épître aux Hébreux, disant que l’Église de Rome nie qu’elle soit de Paul, il serait injuste de le méconnaître. J’exposerai du reste en son temps ce qu’on en disait avant nous. Quant aux Actes qui portent son nom, je ne les ai pas reçus parmi les ceuvres incontestées. 6 Comme le même apôtre dans les salutations de la fin de l’épître aux Romains fait mention, entre autres, d’Hermas, on dit que le petit livre du Pasteur est de lui ; il est vrai que quelques-uns aussi le contestent et ne rangent pas cet écrit parmi les authentiques d’autres pourtant estiment qu’il est très nécessaire à ceux surtout qui ont besoin d’une introduction élémentaire. Du reste, nous savons qu’on le lit publiquement dans des églises, et j’ai constaté que certains des écrivains les plus anciens s’en sont servis. 7 Voilà exposé ce qui concerne les livres divins incontestés et ceux qui ne sont pas reconnus par tous, Chapitre IV La première succession des apôtres 1 Que Paul ait prêché l’évangile aux Gentils dans les pays qui s’étendent de Jérusalem à l’Illyricum, et qu’il y ait jeté les fondements des églises, nous en avons la preuve eu ses propres paroles comme aussi en ce que Luc a raconté dans les Actes. 2Les termes dont Pierre est servi nous apprennent de même dans quelles provinces il a annoncé lui aussi le Christ à ceux de la circoncision et leur a donné la doctrine du Nouveau Testament ; cela est clairement indiqué dans l’épître que nous avons dit être reconnue comme de lui il l’adresse à ceux des Hébreux de la dispersion qui se trouvaient dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie. 3 Combien, parmi les véritables disciples de apôtres, furent jugés dignes d’exercer dans les églises fondées par eux les fonctions de pasteur, et quels ils furent, il n’est pas facile de le dire, si ce n’est pour ceux dont recueille les noms dans les écrits de Paul. 4Les compagnons de labeur de ce dernier furent d’ailleurs très nombreux et ils devinrent ses frères d’armes, comme il les appelle beaucoup lui doivent un souvenir impérissable dans le témoignage incessant qu’il leur rend dans ses propres épîtres. Du reste, dans les Actes, Luc désigne lui aussi par leurs noms les disciples de Paul. 5Il est raconté que Timothée obtint le premier le gouvernement de l’Église d’Éphèse, de même que Tite, lui aussi, celui des églises de Crète. 6 Luc, issu d’une famille d’Antioche el médecin de profession, fut le plus longtemps le compagnon de Paul et vécut d’une façon suivie dans la société des autres apôtres. Il nous a laissé la preuve qu’il avait appris d’eux l’art de guérir les âmes, puisqu’il nous a donné deux livres inspirés de Dieu l’Évangile, qu’il assure avoir composé d’après les indications de ceux qui, dès le commencement, ont été les témoins oculaires et les serviteurs de la parole, et qu’il affirme avoir tous fréquentés autrefois puis les Actes des Apôtres, qu’il retrace non pas après les avoir entendu raconter, mais après les avoir vus de ses yeux. 7On dit que Paul a coutume de parler de l’évangile de Luc, comme d’une œuvre qui lui est propre, lorsqu’il écrit selon mon évangile ». 8 En ce qui concerne le reste de ses disciples, Paul atteste que Crescent est allé dans les Gaules voyez l’Appendice. Lin, dont il mentionne la présence à Rome avec lui dans la seconde épître à Timothée, reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l’église des Romains ainsi que nous l’avons déjà dit auparavant. 9 Mais Clément, lui aussi leur troisième évêque, a été également, au témoignage de Paul, son auxiliaire el le compagnon de ses combats. 10 En outre, l’Aréopagite qui a nom Denis, celui dont Luc parle dans les Actes comme ayant cru le premier après le discours de Paul à l’Aréopage, devint aussi le premier évêque d’Athènes ; ainsi le raconte un autre Denis, un des anciens et pasteur de l’Église de Corinthe. 11 Mais au fur et à mesure que nous avancerons dans notre chemin, nous parlerons en son lieu de ce qui concerne la succession des apôtres suivant les temps. Il faut maintenant poursuivre notre récit. Chapitre V Dernier siège des Juifs après le Christ 1 Néron avait régné treize ans [54-68] ; ses successeurs Galba et Othon, seulement dix-huit mois pour les deux [68-69]. Vespasien devenu célèbre par ses combats contre les Juifs fut proclamé empereur en Judée même, par les armées qui s’y trouvaient. Il se mit aussitôt en route pour Rome, laissant à Titus son fils le soin de continuer la lutte. 2 Après l’ascension de notre Sauveur, les Juifs non contents de l’avoir fait périr, dressèrent aux apôtres des embûches sans nombre ; d’abord, Etienne fut lapidé; ensuite, Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean, décapité; puis surtout, Jacques, qui avait obtenu le premier après l’ascension de notre Sauveur le siège épiscopal de Jérusalem, fut mis à mort de la manière qui a été racontée. Le reste des apôtres fut aussi l’objet de mille machinations dans le but de les mettre à mort. Chassés de la Judée, ils entreprirent d’aller dans toutes les nations, pour enseigner et prêcher avec la puissance du Christ qui leur avait dit Allez enseignez toutes les nations en mon nom ». 3 Le peuple de l’Église de Jérusalem reçut, grâce à une prophétie qui avait été révélée aux hommes notables qui s’y trouvaient, l’avertissement de quitter la ville avant la guerre et d’aller habiter une certaine ville de Pérée que l’on nomme Pella. C’est là que se retirèrent les fidèles du Christ sortis de Jérusalem. Ainsi la métropole des Juifs et tout le pays de la Judée furent entièrement abandonnés par les saints. La justice de Dieu restait au milieu de ceux qui avaient si grandement prévariqué contre le Christ et ses apôtres, pour faire disparaître entièrement du genre humain cette race d’hommes impies. 4Quels malheurs fondirent alors en tous lieux sur le peuple entier ; comment surtout les habitants de la Judée furent poussés jusqu’au comble de l’infortune ; combien de milliers d’hommes, à la fleur de l’âge, sans compter les femmes et les enfants, périrent, par le glaive, la faim et cent autres genres de morts ; combien de villes juives furent assiégées et de quelle façon ; de quelles calamités terribles et plus que terribles furent témoins ceux qui s’étaient réfugiés à Jérusalem, comme dans une métropole fortement défendue ; quel fut le caractère de cette guerre et quelle fut la suite des événements qui s’y succédèrent ; comment, à la fin, l’abomination de la désolation annoncée par les prophètes s’établit dans le temple de Dieu, si illustre autrefois, et qui n’attendait plus que la ruine complète et l’action destructive des flammes quiconque voudra connaître exactement tout cela pourra le trouver dans l’histoire de Josèphe. 5 Toutefois il est indispensable de transcrire ici les termes mêmes dans lesquels cet écrivain rapporte comment une multitude de trois millions d’hommes qui avait afflué de toute la Judée au temps de la fête de Pâques fut enfermée dans Jérusalem ainsi que dans une prison. 6 Il fallait en effet qu’en ces mêmes jours où ils s’étaient efforcés d’accabler des souffrances de la passion le sauveur et bienfaiteur de tous, le Christ de Dieu, ils fussent rassemblés comme dans une prison pour recevoir la mort que leur destinait la divine justice. 7 Je ne donnerai pas le détail des maux qui leur arrivèrent ; je laisserai ce qui fut tenté contre eux par le glaive ou autrement. Seulement’ je crois nécessaire d’exposer les tortures que leur causa la faim afin que ceux qui liront ce récit puissent savoir en partie comment leur vint le châtiment du ciel qui punit sans tarder le crime commis contre le Christ de Dieu, Chapitre VI La famine qui les accabla 1 Prenons donc à nouveau le cinquième livre des Histoires de Josèphe et lisons le tragique récit des événements qu’il y raconte Pour les riches, dit-il, rester, c’était la mort sous prétexte qu’ils voulaient déserter, on les tuait pour s’emparer de leurs biens. Du reste, avec la famine, la fureur des révoltés augmentait, et de jour en jour ces deux fléaux ne faisaient que croître. 2 Comme on ne voyait plus de blé, ils entraient de force dans les maisons pour en chercher. Lorsqu’ils en découvraient, ils maltraitaient cruellement les gens pour avoir nié qu’ils en avaient, et, lorsqu’ils n’en trouvaient pas, pour l’avoir trop bien caché. On jugeait à l’aspect de ces malheureux s’ils en avaient ou non ; s’ils tenaient encore debout, sûrement ils étaient pourvus de provisions ; s’ils étaient exténués, on les laissait tranquilles il semblait hors de propos de tuer ceux qui allaient incessamment mourir de faim. 3Beaucoup échangeaient leur bien en cachette, les riches contre une mesure de froment, les pauvres contre une mesure d’orge. Ensuite, ils s’enfermaient au plus profond de leurs demeures ; les uns étaient dans un tel besoin, qu’ils mangeaient leur blé sans le préparer ; les autres le faisaient cuire quand la faim et la crainte le leur permettait. 4 On ne mettait plus de table ; on retirait du feu les mets encore crus et on les déchirait. La nourriture était misérable et c’était un spectacle digne de larmes, de voir ceux qui avaient la force, se gorger de nourriture, et les faibles réduits à gémir. 5 La douleur de la faim dépasse toutes les autres et ne détruit rien comme la pudeur on foule aux pieds ce qu’en d’autres temps on entourerait de respect. Les femmes arrachaient les aliments de la bouche de leurs maris, les enfants de celle de leur pères et, ce qui est plus digne encore de compassion, les mères de celle de leurs enfants. Elles voyaient sécher dans leurs mains ce qu’elles avaient de plus cher et elles ne rougissaient pas de leur enlever le lait qui était le soutien de leur vie. 6 Encore ne pouvait-on prendre une pareille nourriture sans être découvert ; les insurgés étaient partout et la rapine avec eux. Voyaient-ils une maison close ? C’était le signe qu’il y avait des provisions ; ils en brisaient aussitôt les portes, y faisaient irruption, et retiraient presque les morceaux de la bouche pour les emporter. 7 Les vieillards qui refusaient de lâcher les mets qu’ils tenaient, étaient battus ; on arrachait les cheveux aux femmes qui cachaient ce qu’elles tenaient en leurs mains. Il n’y avait de pitié ni pour les cheveux blancs, ni pour les petits. On soulevait les enfants qui se suspendaient aux mets qu’ils mangeaient et on les jetait à terre. Ceux qui voulaient prévenir les voleurs et avaler ce qu’on allait leur ravir étaient regardés comme des malfaiteurs et traités plus cruellement. 8 Les brigands inventèrent des supplices affreux pour arriver à découvrir des vivres ; ils obstruaient avec des vesces le canal de l’urètre et enfonçaient dans le rectum des bâtons pointus. On endurait ainsi des tourments dont le seul récit fait frémir et qui avaient pour but de faire avouer qu’on possédait un pain ou qu’on savait où l’on trouverait une poignée d’orge. 9Les bourreaux du reste ne souffraient pas de la faim leur cruauté aurait paru moins odieuse si elle avait eu pour excuse la nécessité ; mais ils affichaient un orgueil insensé et entassaient des vivres pour les jours à venir. [10] Ils allaient à la rencontre de ceux qui s’étaient glissés la nuit en rampant vers les avant-postes romains pour y recueillir quelques légumes sauvages ou quelques herbes. Quand ces malheureux paraissaient hors de portée des traits ennemis, les brigands leur enlevaient leur butin. Souvent les victimes suppliaient et invoquaient le nom terrible de Dieu, pour recouvrer au moins une partie de ce qu’ils avaient apporté au péril de leur vie ; on ne leur rendait rien, et c’était assez pour eux de n’avoir pas été mis à mort et d’être seulement volés. 11 Josèphe ajoute un peu plus loin Tout espoir de salut s’évanouit pour les Juifs avec la possibilité de sortir, et l’abîme de la faim se creusant engloutit le peuple par maison et par famille. Les terrasses étaient remplies de femmes qui étaient mortes avec leurs nourrissons ; les cadavres des vieillards encombraient les rues. 12 Les enfants et les jeunes gens enflés erraient comme des fantômes sur les places et tombaient là même où le mal les avait saisis. Il était impossible aux malades d’enterrer leurs parents et ceux qui en avaient encore la force refusaient de le faire parce que les morts étaient trop nombreux et que leur sort à eux-mêmes était incertain. Beaucoup en effet suivaient dans la mort ceux qu’ils avaient ensevelis ; beaucoup venaient à leur sépulcre avant l’heure à laquelle ils devaient y entrer. 13 Dans ces calamités, il n’y avait ni larmes ni gémissements ; la faim maîtrisait même les passions de l’âme. Ceux qui agonisaient ainsi, voyaient d’un œil sec mourir ceux qui les devançaient. Un morne silence planait sur la ville ; elle était pleine de la nuit de la mort. Le fléau des brigands était plus dur que tout le reste. 14 Ces monstres fouillaient les maisons devenues des tombeaux pour y dépouiller les morts ; ils arrachaient et emportaient en riant les voiles qui couvraient les cadavres ; ils essayaient sur leurs membres la pointe de leurs glaives, et parfois perçaient de malheureux abandonnés qui respiraient encore, pour éprouver leur fer. Parmi ceux-ci, quelques-uns les suppliaient de leur prêter l’aide de leurs mains et de leurs épées ; mais ils s’en allaient et les laissaient avec mépris aux tortures de la faim alors chacun des moribonds tournait fixement ses regards vers le temple, laissant de côté les insurgés vivants. 15Les séditieux firent d’abord ensevelir les morts aux frais du trésor public pour n’avoir pas à en supporter l’odeur ; mais ensuite ils n’y suffirent plus et l’on fit jeter les cadavres dans les ravins par-dessus les murailles. Titus, en visitant ces derniers, les trouva remplis de corps en putréfaction ; il vit l’humeur empestée qui en coulait avec abondance ; il gémit et, levant les mains, il prit Dieu à témoin que ce n’était point là son œuvre ». 16 Après avoir parlé d’autre chose, Josèphe poursuit Je n’hésiterai pas à dire ce que m’ordonne la douleur. Si les Romains avaient été impuissants contre ces monstres, je crois que la ville aurait été engloutie par un tremblement de terre, ou submergée dans un déluge, ou anéantie par le feu de Sodome car elle contenait une race d’hommes beaucoup plus impie que celle qui fut ainsi châtiée. Tout le peuple périt par leur fureur insensée ». 17 Au sixième livre, l’historien juif écrit encore Le nombre de ceux que torturait la faim et qui moururent fut infini dans la ville, et les maux qui survinrent indicibles. Dans chaque maison, en effet, s’il apparaissait quelque ombre de nourriture, c’était la guerre ; ceux qu’unissait la plus étroite affection en venaient aux mains et s’arrachaient les aliments d’une vie misérable. La mort elle-même n’était pas une preuve suffisante de dénuement. [18] Les voleurs fouillaient même ceux qui exhalaient leur dernier souffle pour voir s’ils ne simulaient pas la mort afin de cacher des vivres dans leur sein. Les hommes affamés allaient la bouche ouverte comme des chiens enragés, trébuchaient, tombant contre les portes comme des gens ivres et revenant sans en avoir conscience, deux ou trois fois dans la même heure à la même maison. 19 La nécessité les amenait à se mettre sous la dent tout ce qu’ils rencontraient, et ce que les plus vils animaux auraient refusé, ils le ramassaient pour le manger. Ils s’emparaient des baudriers, puis des semelles et mâchaient le cuir des boucliers réduit en lanières. D’autres se nourrissaient de la poussière de vieux foin ; car quelques-uns ayant recueilli des fétus, en vendaient une petite quantité au prix de quatre attiques. 20 Mais pourquoi rappeler l’impudence des affamés en ce qui concerne des objets inanimés ? Je .vais raconter un fait inouï chez les Grecs comme chez les barbares, affreux à dire et incroyable à entendre. Qu’on ne pense pas que je veuille duper ceux qui me liront un jour, j’aurais avec plaisir passé sous silence une pareille calamité si elle ne m’eût été attestée par des témoins sans nombre au reste ce serait faire à ma patrie une pauvre grâce que de dissimuler en mon récit les maux qu’elle a soufferts. 21 Parmi les Juifs qui habitaient au delà du Jourdain, se trouvait une femme appelée Marie, fille d’Éléazar, du bourg de Bathézor, terme qui signifie maison d’hysope. Sa famille et sa condition étaient honorables. Elle s’était réfugiée avec tant d’autres à Jérusalem et se trouvait parmi les assiégés. 22 Les tyrans lui avaient volé tous les biens qu’elle avait rassemblés en Pérée et amenés à la ville. Chaque jour, des gens armés faisaient irruption chez elle, dans le soupçon qu’il y eût encore des vivres et lui enlevaient le reste de son avoir Une terrible indignation s’empara de cette femme à chaque instant, elle injuriait et maudissait les brigands, cherchant à les exciter contre elle. 23 Ni l’irritation ni la pitié ne les porta à lui donner la mort. Alors, fatiguée de chercher pour d’autres des aliments qu’il n’était plus possible de trouver nulle part, sentant ses entrailles et ses moelles brûlées par la faim, l’âme enflammée plus encore par la vengeance, elle prit conseil de sa colère et de la nécessité, et se révolta contre la nature elle-même. Elle avait un enfant attaché à la mamelle, elle le prit. 24 Malheureux enfant, dit-elle, pour qui te conserverais-je, au milieu d’une pareille guerre, dans une telle famine et une telle révolte ? La servitude chez les Romains, voilà notre sort, si toutefois nous vivons jusqu’à leur victoire ; mais auparavant, c’est la faim, et les insurgés plus terribles que l’une et l’autre. Allons, sois pour moi une nourriture ; pour les séditieux, une furie vengeresse ; pour l’humanité, un sujet de légende, le seul qui manque encore aux malheurs des Juifs ». 25 Tandis qu’elle parlait encore, elle tue son enfant ; puis, elle le fait cuire et en mange la moitié le surplus, elle le cache et le met en réserve. Aussitôt les factieux arrivent et flairent l’odeur de cette chair impie ; ils menacent cette femme et la somment de leur donner le mets qu’elle a préparé ; sinon, elle va être égorgée sur l’heure. Elle leur répond qu’elle leur en a gardé une belle part et leur découvre les restes de son enfant. 26Ils sont aussitôt frappés de stupeur et d’effroi, immobiles devant un pareil spectacle. C’est mon fils, leur disait-elle, c’est mon œuvre. Mangez, j’en ai goûté moi-même. Ne soyez pas plus délicats qu’une femme ni plus attendris qu’une mère. Si dans votre piété, vous vous détournez de mon sacrifice, j’en ai mangé à votre intention que le reste soit à la mienne ». 27 Alors ils sortirent en tremblant ; une fois du moins ils eurent peur, et ils laissèrent à regret à cette mère un pareil aliment. La ville entière retentit bientôt du récit de cette atrocité ; chacun croyait avoir cette tragédie devant les yeux, et il en frissonnait comme s’il en avait été lui-même l’auteur. 28 Il y eut alors de la part des affamés comme un entrain vers la mort, et on estimait heureux ceux qui avaient péri avant d’être les témoins de tels malheurs ». Tel fut le châtiment des Juifs, en punition du crime et de l’impiété qu’ils avaient commis contre le Christ de Dieu. Chapitre VII Les prédictions du Christ 1 Il est à propos de leur mettre sous les yeux les prédictions si vraies de notre Sauveur où toutes ces calamités étaient annoncées en ces termes Malheur aux femmes enceintes et à celles qui allaitent en ces jours. Priez pour que votre fuite n’ait pas lieu en hiver ou un jour de sabbat. Car il y aura alors une grande affliction, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde et telle qu’il n’y en aura plus ensuite ». 2 L’écrivain, supputant le chiffre total des morts, dit qu il périt onze cent mille personnes par la faim et le glaive. Les factieux et les brigands qui survécurent, se dénoncèrent mutuellement après la prise de la ville et furent mis à mort. Les jeunes gens les plus grands et les plus distingués par leur beauté furent réservés pour le triomphe. Quant au reste de la multitude, ceux qui avaient plus de dix-sept ans furent, les uns enchaînés et envoyés aux travaux d’Égypte, les autres en plus grand nombre, distribués aux provinces pour mourir dans les amphithéâtres par le fer ou les bêtes. Ceux qui n’avaient pas dix-sept ans furent emmenés prisonniers pour être vendus. Ces derniers à eux seuls étaient à peu près quatre-vingt-dix mille . 3 Ainsi s’accomplirent ces événements dans la seconde année du règne de Vespasien [70 après selon les paroles prophétiques de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Grâce à son pouvoir divin, il les avait contemplés d’avance comme des réalités présentes. Il avait pleuré et sangloté, suivant le texte des saints évangiles, qui nous rapportent ses propres paroles, quand il s’adressait pour ainsi dire à Jérusalem elle-même 4 Si du moins, tu connaisssais en ce jour, ce qui peut t’apporter la paix ! Mais maintenant cela est caché à tes yeux ! Des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’entoureront de retranchements, t’investiront, te presseront de toutes parts et te renverseront à terre toi et tes enfants ».5 Et maintenant au sujet du peuple Il y aura une grande détresse sur la terre et la colère sera sur ce peuple. Ils tomberont dévorés par le glaive, ils seront emmenés en captivité dans toutes les nations. Et Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils jusqu’à ce que leurs temps soient accomplis ». Et encore Lorsque vous verrez Jérusalem assiégée par une armée, sachez que sa désolation est proche ». 6 Si on compare les paroles du Sauveur avec les récits de l’historien où il retrace toute cette guerre, comment ne serait-on pas étonné et n’avouerait-on pas que cette prescience et cette prédiction de l’avenir étaient, chez le Sauveur, véritablement divines et extraordinaires. 7 Pour ce qui est arrivé à tout le peuple après la passion du Sauveur, après les cris par lesquels la multitude des Juifs demandait la grâce d’un voleur et d’un assassin et suppliait qu’on fît disparaître de son sein l’auteur de la vie, il n’y a rien à ajouter aux histoires. 8 Il est cependant juste de joindre une remarque qui montre bien la miséricorde delà toute bonne Providence. Après le crime audacieux commis contre le Christ, elle attendit quarante années entières pour détruire les coupables pendant ce laps de temps, le plus grand nombre des apôtres et des disciples, ainsi que Jacques lui-même, le premier évêque de ce pays, appelé le frère du Seigneur, étaient encore de ce monde et vivaient dans la ville de Jérusalem ; ils étaient pour elle comme un très puissant rempart. 9La vigilance de Dieu avait été jusqu’alors patiente peut-être ces gens se repentiraient-ils de ce qu’ils avaient fait et obtiendraient-ils le pardon et le salut. En outre de cette longanimité, le ciel leur envoya des signes extraordinaires de ce qui allait leur arriver, s’ils persévéraient dans leur endurcissement. Ces présages ont été jugés dignes de mémoire par l’historien cité plus haut ; le mieux est de les rapporter ici pour ceux qui liront cet ouvrage. Chapitre VIII Les signes avant la guerre 1 Prenez donc le sixième livre des Histoires et lisez ce qu’il y expose en ces termes Les séducteurs égaraient alors ce malheureux peuple elle trompaient au sujet de Dieu, en sorte qu’il ne donnait point d’attention, et ne croyait pas aux présages qui annonçaient si clairement la dévastation future. Ainsi que des gens étourdis par la foudre qui n’ont plus l’usage de leurs yeux ni de leur esprit, les Juifs n’attachaient aucune importance aux avertissements de Dieu. 2 Ce fut d’abord un astre qui parut sur la ville sous la forme d’un glaive et une comète qui resta suspendue pendant une année. Ensuite, avant la défection et le soulèvement pour la guerre, au moment où le peuple était réuni pour la fête des azymes, le huit du mois Xantique, à la neuvième heure de la nuit, une telle lumière environna l’autel et le temple qu’on crut être en plein jour, et cela dura une demi-heure les ignorants y virent un bon présage, mais les scribes comprirent tout de suite avant que les choses ne fussent arrivées. 3 Au temps de la même fête, une vache, amenée par le grand prêtre pour le sacrifice, mit bas un agneau au milieu du temple. 4 La porte orientale de l’intérieur du temple était d’airain et si lourde que vingt hommes avaient grand’ peine à la fermer le soir ; elle était close par des verrous en fer et munie de targettes très profondes à la sixième heure de la nuit, on la-vit s’ouvrir d’elle-même. 5 Peu de jours après la fête, le vingt et unième du mois Artémisios, on vit le spectre d’un démon plus grand qu’on ne peut croire. Ce que je dois raconter semblerait fabuleux, si le récit n’en était pris de témoins oculaires et si les maux qui suivirent n’avaient été dignes des présages eux-mêmes. Avant le coucher du soleil, on aperçut sur tout le pays des chars aériens et des phalanges armées qui s’élançaient des nuages et entouraient les villes. 6Lors de la fête appelée Pentecôte, pendant la nuit, les prêtres venus au temple selon leur coutume,, pour leur office, déclarèrent avoir entendu d’abord des bruits de pas, un tumulte, puis des voix nombreuses qui disaient Sortons d’ici ». 7 Mais voici qui est encore plus effrayant Un homme appelé Jésus, fils d’Ananie, homme simple, un paysan, quatre ans avant la guerre, alors que la ville était en pleine paix et prospérité, vint à la fête où tous ont coutume de dresser des tentes en l’honneur de Dieu. Tout à coup il se mit à crier à travers le temple Voix de l’orient, voix du couchant, voix des quatre vents, voix sur Jérusalem et sur le temple, voix sur les fiancés et les fiancées, voix sur tout le peuple ». Jour et nuit, il parcourait toutes les rues de la ville et poussait ce cri. 8 Quelques-uns des principaux du peuple indignés de ces paroles de mauvais augure le saisirent et l’accablèrent de coups ; mais lui continuait à pousser la même clameur devant eux, et cela, non pas de lui-même, ni de son propre mouvement. 9 Les chefs pensaient que cette excitation était plutôt l’œuvre d’un esprit, comme elle l’était. Ils conduisirent le malheureux auprès du gouverneur romain voyez l’Appendice là, on le déchira à coups de fouets jusqu’aux os ; il ne laissait échapper ni prière ni larme ; mais en cet état, sa voix plaintive fléchissait seulement de plus en plus avec ses forces, et à chaque coup, il redisait Malheur à Jérusalem ». 10 Josèphe rapporte encore une autre prédiction plus surprenante qu’il assure avoir trouvée dans les saintes Écritures, et annonçant qu’en ce temps quelqu’un sorti de leur pays commanderait à la terre. Il croit qu’elle a été accomplie enVespasien ; 11 mais ce prince ne domina pas sur la terre entière, il régna seulement sur les contrées soumises aux Romains. Il serait plus juste d’appliquer cette parole au Christ, à qui son Père a dit Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritag-e et pour ton bien les extrémités de la terre ». Or à cette époque même, la voix des saints apôtres était allée dans l’univers entier et leur parole avait atteint les limites du monde. Chapitre IX Josèphe et les écrits qu’il a laissés 1 Après tout ceci, il est bon de ne pas laisser ignorer ce qu’était Josèphe lui-même, puisqu’il nous a tant aidé dans le récit des événements qui nous occupent. D’où vient-il ? quelle est sa race ? Il nous l’apprend lui-même en ces termes Josèphe, fils de Matthias, prêtre de Jérusalem, fit d’abord la guerre aux Romains, puis se rapprocha d’eux par nécessité ». 2 Il fut de beaucoup le plus célèbre des Juifs de son temps, non seulement auprès de ses compatriotes, mais aux yeux même des Romains, si bien qu’à Rome, on l’honora d’une statue et que ses livres furent jugés dignes des bibliothèques. 3 Il expose toute l’antiquité juive dans un ouvrage de vingt livres et il raconte en sept livres l’histoire de la guerre des Romains en son temps. Il affirme avoir rédigé ce dernier écrit, non seulement en grec, mais encore dans sa langue maternelle ; il est digne d’être cru. 4On montre encore de lui deux livres qui méritent d’être étudiés, Sur l’antiquité des Juifs c’est une réponse au grammairien Apion qui écrivait alors contre eux, ainsi qu’à d’autres gens qui prenaient à tâche de calomnier les origines de la race juive. 5 Dans le premier de ces livres, il établit le nombre des écrits qui forment le testament appelé ancien et montre ceux qui étaient incontestés chez les Hébreux. Voici ce qu’il en dit en propres termes,, comme d’après une tradition antique. Chapitre X Comment il mentionne les livres saints 1 On ne trouve pas chez nous une foule de livres en désaccord et en opposition les uns avec les autres ; nous’ en avons seulement vingt-deux. Ils nous présentent le récit de tous les âges écoulés et à bon droit nous les croyons divins. 2 De ces livres, cinq sont de Moïse. Ils embrassent les lois et la tradition de l’humanité depuis son origine, jusqu’à la mort de cet écrivain, c’est-à-dire un peu moins de trois mille ans. 3 Delà mort de Moïse à celle d’Artaxerxès, roi des Perses après Xerxès, les prophètes qui vinrent après Moïse écrivirent ce qui arriva, de leur temps en treize livres. Les quatre livres qui restent renferment des hymnes à Dieu et des principes de conduite pour les hommes. 4 Depuis Artaxerxès jusqu’à nous, l’histoire de chaque époque a été écrite ; mais les ouvrages qui la contenaient n’ont pas été jugés dignes de la créance dont jouissent les livres antérieurs, car la succession des prophètes est moins exacte. 5La preuve évidente de notre vénération pour nos écrits est dans ce fait, que personne, après tant de siècles, n’a osé ni ajouter, ni retrancher, ni changer le moindre détail. Chaque Juif, dès sa première enfance, croit qu’ils contiennent les pensées mêmes de Dieu, qu’il faut s’y tenir, et, au besoin, mourir volontiers pour eux ». 6 Il n’était pas inutile de citer ces paroles de Josèphe. Cet écrivain a encore composé un ouvrage qui n’est pas indigne de lui, Sur la toute puissance de la, raison. Certains l’ont intitulé Macchabaïcon, parce qu’il renferme les combats des Hébreux qui ont lutté d’une façon virile pour la piété envers la Divinité, ainsi que le racontent les livres des Macchabées voyez l’Appendice. 7 Vers la fin du vingtième livre des Antiquités, le même auteur nous dit encore son intention d’écrire quatre livres concernant les croyances traditionnelles des Juifs sur Dieu et son essence, sur les lois, sur le motif pour lequel elles permettent certaines choses et en défendent d’autres il rappelle aussi qu’il a encore étudié d’autres questions dans des traités spéciaux. 8 Nous croyons en outre à propos d’enregistrer aussi les paroles qui servent d’épilogue à ses Antiquités, pour confirmer le témoignage que nous lui avons emprunté. Il y accuse de mensonge et de bien d’autres méfaits, Juste de Tibériade, qui avait essayé de peindre aussi la même époque que lui et il ajoute textuellement 9 Je ne crains pas un semblable traitement pour mes écrits j’ai remis mes livres aux empereurs eux-mêmes, alors qu’on voyait presque encore les faits que j’y raconte. Certain de ma vigilance à dire la vérité, j’ai attendu leurs suffrages et je n’ai pas été déçu. 10 J’ai présenté mon récit à bien d’autres dont quelques-uns avaient pris part à la guerre, comme le roi Agrippa et certains de ses parents. 11 L’empereur Titus a jugé que la mémoire de ces faits ne devait être transmise aux hommes que par ces seuls récits et il a signé de sa main un décret ordonnant de publier officiellement mes livres. Le roi Agrippa d’autre part a adressé soixante-deux lettres où il atteste que j’ai dit la vérité ». Josèphe en cite deux ; mais en voilà assez sur lui. Continuons notre récit. Chapitre XI Après Jacques, Siméon gouverne l’église de Jérusalem 1 Apres le martyre de Jacques et la destruction de Jérusalem qui arriva en ce temps, on raconte que ceux des apôtres et des disciples du Seigneur qui étaient encore en ce monde vinrent de partout et se réunirent en un même lieu avec les parents du Sauveur selon la chair dont la plupart existaient à cette époque. Ils tinrent conseil tous ensemble pour examiner qui serait jugé digne de la succession de Jacques, et ils décidèrent à l’unanimité que Siméon, fils de ce Clopas dont parle l’Évangile, était capable d’occuper le siège de cette église il était, dit-on, cousin du Sauveur Hégésippe raconte en effet que Clopas était le frère de Joseph. Chapitre XII Vespasiens ordonne de rechercher les descendants de David 1 On rapporte en outre qu’après la prise de Jérusalem, Vespasien fit rechercher tous les descendants de David, afin qu’il ne restât plus chez les Juifs, per- sonne qui fût de race royale. Ce leur fut un nouveau sujet de très grande persécution. Chapitre XIII Anaclet est le second évêque des romains 1 Vespasien ayant régné dix ans, l’empereur Titus, son fils, lui succède la seconde année de son règne [80-81], Lin, depuis douze ans évêque de l’église des Romains, laisse sa charge à Anaclet. Titus a pour successeur son frère Domitien après deux ans et autant de mois de règne [13 septembre 81]. Chapitre XIV Avilius est le second chef de l’église d’Alexandrie 1 La quatrième année de Domitien [84-85], Annianus, premier évêque d’Alexandrie, après avoir administré cette église pendant vingt-deux ans entiers, meurt, et son successeur est Avilius, second évêque. Chapitre XV Après lui, Clément est le troisième 1 La douzième année du même règne [92-93], Anaclet, ayant été évêque de l’église des Romains douze ans, a pour successeur Clément, que l’apôtre, dans sa lettre aux Philippiens, le compagnon de son labeur par ces mots Avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont au livre de vie ». Chapitre XVI L’épître de Clément 1 Il existe de celui-ci, acceptée comme authentique, une épître longue et admirable. Elle a été écrite au nom de l’Église de Rome à celle de Corinthe à propos d’une dissension qui s’était alors élevée à Corinthe. En beaucoup d’églises, depuis longtemps et de nos jours encore, on la lit publiquement dans les réunions communes. Qu’un différend, à cette époque, ait troublé l’église de Corinthe, nous en avons pour garant digne de foi Hégésippe. Chapitre XVII La persécution de Domitien 1 Domitien montra une grande cruauté envers beaucoup de gens ; il fit tuer à Rome sans jugement régulier une foule !!de nobles et de personnages considérables ; d’autres citoyens illustres en très grand nombre furent aussi condamnés injustement à l’exil hors des limites de l’empire et à la confiscation des biens. Il finit par se montrer le successeur de Néron dans sa haine et sa lutte contre Dieu. Il souleva contre nous la seconde persécution, quoique Vespasien son père n’ait jamais eu de mauvais dessein à notre endroit. Chapitre XVIII Jean l’apôtre et l’Apocalypse 1 On raconte qu’à cette époque l’apôtre et évangéliste Jean vivait encore ; à cause du témoignage qu’il avait rendu au Verbe de Dieu, il avait été condamné, par jugement, à habiter l’île de Patmos. 2 Irénée, à propos du nombre produit par l’addition des lettres qui forment le nom de l’Antéchrist d’après l’Apocalypse attribuée à Jean, dit en propres termes ceci de Jean, dans le cinquième livre des Hérésies 3 S’il eût fallu proclamer ouvertement à notre époque le nom de l’Antéchrist, celui qui a vu la révélation l’aurait fait. Car il la contempla il n’y a pas longtemps et presque dans notre génération, vers la fin du règne de Domitien ». 4 L’enseignement de notre foi brillait à cette époque d’un tel éclat que les écrivains étrangers à notre croyance n’hésitent pas à rapporter dans leurs histoires la persécution et les martyres qu’elle provoqua. Ils en fixent la date avec exactitude ; ils racontent que dans la quinzième année de Domitien, avec beaucoup d’autres, Flavia Domitilla elle-même, fille d’une sœur de Flavius Glémens, alors un des consuls de Rome 95 , fut reléguée dans l’île Pontia en punition de ce qu’elle avait rendu témoignage au Christ. Chapitre XIX Domitien ordonne de tuer les descendants de David 1 Le même Domitien ordonna de détruire tous les Juifs qui étaient de la race de David une ancienne tradition raconte que des hérétiques dénoncèrent les descendants de Jude, qui était, selon la chair, frère du Sauveur, comme appartenant à la race de David et parents du Christ lui-même. C’est ce que montre Hégésippe quand il s’exprime en ces termes Chapitre XX Les parents de notre Sauveur 1 Il y avait encore de la race du Sauveur les petitsfils de Jude qui lui-même était appelé son frère selon la chair on les dénonça comme descendants de David. l’evocatus les amena à Domitien ; celui-ci craignait la venue du Christ, comme Hérode. 2L’empereur leur demanda s’ils étaient de la race de David ; ils l’avouèrent ; il s’enquit alors de leurs biens et de leur fortune ils dirent qu’ils ne possédaient ensemble l’un et l’autre que neuf mille deniers, dont chacun avait la moitié; ils ajoutèrent qu’ils n’avaient pas cette somme en numéraire, mais qu’elle était l’évaluation d’une terre de trente-neuf plèthres, pour laquelle ils payaient l’impôt et qu’ils cultivaient pour vivre. 3 Puis ils montrèrent leurs mains et, comme preuve qu’ils travaillaient eux-mêmes, ils alléguèrent la rudesse de leurs membres, et les durillons incrustés dans leurs propres mains, indice certain d’un labeur continu. 4 Interrogés sur le Christ et son royaume, sur la nature de sa royauté, sur le lieu et l’époque de son apparition, ils firent cette réponse, que le règne du Christ n’était ni du monde ni de la terre, mais céleste et angélique, qu’il se réaliserait à la fin des temps, quand le Christ venant dans sa gloire jugerait les vivants et les morts et rendrait à chacun selon ses œuvres. 5 Domitien ne vit rien là qui fût contre eux ; il les dédaigna comme des gens simples, les renvoya libres et un édit fit cesser la persécution contre l’ Une fois délivrés, ils dirigèrent les églises, à la fois comme martyrs et parents du Seigneur, et vécurent après a paix jusqu’au temps de Trajan. 7 Tel est le récit d’Hégésippe. Du reste, celui de Tertullien nous raconte la même chose sur Domitien Domitien essaya un jour de faire la même chose que celui-ci ; il était la monnaie de Néron pour la cruauté ; mais comme il avait, je pense, quelque intelligence, il s’arrêta bien vite et rappela même ceux qu’il avait bannis ». 8 Après Domitien qui régna quinze ans, Nerva obtint l’empire 96 ; les honneurs de Domitien furent abolis, le sénat des Romains vota une loi qui permit à ceux qui étaient injustement exilés de revenir chez eux et même de recouvrer leurs biens ; c’est ce que racontent les historiens qui ont écrit les événements de cette époque. 9 Alors l’apôtre Jean put donc, lui aussi, quitter l’île où il était relégué, pour s’établir à Éphèse ; c’est ce que rapporte une tradition de nos anciens. Chapitre XXI Cerdon est le troisième chef de l’église d’Alexandrie 1 Nerva ayant régné un peu plus d’un an, Trajan lui succède dans la première année de ce prince 98, Avilius ayant gouverné l’église d’Alexandrie pendant treize ans, fut remplacé par Cerdon. Celui-ci était le troisième des évêques de ce pays ; Annianus avait été le premier. En ce temps, Clément était encore chef de l’église des Romains et lui aussi venait au troisième rang après Paul et Pierre ; Lin avait été le premier évêque et Anaclet le second. Chapitre XXII Le second chef de l’Église d’Antioche est Ignace 1 Mais à Antioche, après Evodius qui en fut le premier évêque, en ce temps-là, Ignace en a été le second voyez l’Appendice. Siméon fut pareillement le second qui, après le frère de notre Sauveur, eut à cette époque la charge de l’église de Jérusalem. Chapitre XXIII Anecdote concernant l’apôtre Jean 1 En ce temps en Asie, survivait encore Jean, celui que Jésus aimait, qui fut à la fois apôtre et évangéliste. Il gouvernait les églises de ce pays après être revenu, à la mort de Domitien, de l’île où il avait été exilé. 2 Que jusqu’à cette époque, il fut encore de ce monde, deux témoins suffisent à le prouver, et ils sont dignes de foi, ayant enseigné l’orthodoxie ecclésiastique ; l’un est Irénée, l’autre Clément d’Alexandrie. 3 Le premier, au second livre de son ouvrage Contre les hérésies, écrit ainsi en propres termes Tous les presbytres qui se sont rencontrés en Asie avec Jean le disciple du Seigneur, témoignent qu’il leur a transmis cela il demeura en effet parmi eux jusqu’aux temps de Trajan ». 4 Au troisième livre du même traité, Irénée exposa encore la même chose en ces termes Mais l’Église d’Ephèse, fondée par Paul et où demeura Jean jusqu’à l’époque de Trajan, est aussi un témoin véritable de la tradition des apôtres ». 5 Clément nous indique également cette date et il raconte une histoire fort utile à entendre pour ceux qui se plaisent aux choses belles et profitables. Elle est dans son traité intitulé Quel riche est sauvé. Prenez-la et lisez-la, telle qu’elle est dans son texte 6 Ecoute une fable, qui n’est pas une fable, mais un récit transmis par la tradition et gardé par le souvenir, au sujet de Jean l’apôtre. Après la mort du tyran, l’apôtre quitta l’île de Patmos pour Ephèse et il alla appelé par les pays voisins des Gentils, tantôt y établir des évêques, tantôt y organiser des églises complètement, tantôt choisir comme clerc chacun de ceux qui étaient signalés par l’Esprit. 7 Il vint donc à l’une de ces villes qui étaient proches, dont quelques-uns même citent le nom. Il y consola d’abord les frères. À la fin, il se tourna vers l’évêque qui était établi là et apercevant un jeune homme dont le maintien était distingué, le visage gracieux et l’âme ardente Je te confie celui-là de tout cœur, dit-il, l’Église et le Christ en sont témoins ». L’évêque le reçut et promit tout l’apôtre répéta encore ses mêmes recommandations et ses adjurations. 8 Puis il partit pour Éphèse. Le presbytre prit chez lui le jeune homme qui lui avait été confié, l’éleva, le protégea, l’entoura d’affection et enfin l’éclaira. Après cela, il se relâcha de son soin extrême et de sa vigilance lorsqu’il l’eut muni du sceau du Seigneur ainsi que d’une protection définitive. 9 Le jeune homme en possession d’une liberté prématurée fut gâté par des compagnons d’âge oisifs, dissolus et habitués au mal. D’abord, ils le conduisirent dans de splendides festins ; puis sortant aussi la nuit pour voler les vêtements, ils l’emmenèrent ; plus tard, on le jugea propre à coopérer à quelque chose de plus grand. 10II s’y habitua peu à peu, et, sous l’impulsion de sa nature ardente, semblable à un coursier indompté et vigoureux qui ronge son frein, il sortit du droit chemin et s’élança vivement dans les précipices. 11 Lorsqu’il eut enfin renoncé au salut de Dieu, il ne s’arrêta plus aux projets médiocres, mais il tenta quelque chose d’important et, puisqu’il était perdu sans retour, il résolut de ressembler aux autres. Il les rassembla donc et forma avec eux une société de brigands. Il en devint le digne chef ; car il était le plus violent, le plus sanguinaire et le plus dur. 12 Sur ces entrefaites et en raison d’un besoin survenu, on appela Jean il vint et traita les affaires pour lesquelles on l’avait mandé. Puis il dit Allons, évêque, rends-nous le dépôt que le Christ et moi t’avons confié en présence de l’église à laquelle tu présides ». 13 Celui-ci fut d’abord stupéfait, pensant à une somme d’argent qu’il n’avait pas reçue et pour laquelle on l’aurait dénoncé il ne pouvait croire à un dépôt qu’il n’avait pas, ni mettre en doute la parole de Jean Je te demande, reprit celui-ci, le jeune homme et l’âme de ce frère ». Le vieillard gémit profondément et pleura. Il est mort, dit-il. — Comment et de quelle mort ? — Mort à Dieu ; car il est parti, et est devenu méchant et perdu, en un mot, c’est un voleur ; et maintenant il tient la montagne qui est là en face de l’église avec une troupe d’hommes armés semblables à lui ». 14L’apôtre déchire son vêtement, et avec un long sanglot se frappe la tête J’ai laissé, dit-il, un bon gardien de l’âme de mon frère ! Mais qu’on m’amène aussitôt un cheval et que quelqu’un me serve de guide pour le chemin ». Et il sortit de l’église comme il était. 15 Arrivé à l’endroit, il fut pris par l’avant-poste des brigands il ne chercha pas à fuir, ne demanda rien, mais il s’écria C’est pour cela même que je suis venu ; conduisez-moi à votre chef ». 16Celui-ci précisément attendait en armes ; mais dès qu’il reconnut Jean, il rougit et prit la fuite. L’apôtre, oubliant son âge, le poursuivait de toutes ses forces et lui criait 17 Pourquoi me fuis-tu, ô mon fils, moi ton père, un homme désarmé, un vieillard ? Aie pitié de moi, ô enfant ; ne crains pas, tu as encore des espérances de vie. Je donnerai pour toi ma parole au Christ ; s’il le fallait, je mourrais volontiers pour toi comme le Sauveur l’a fait pour nous. Je donnerai ma vie à la place de la tienne. Arrête-toi ; aie confiance, c’est le Christ qui m’envoie ». 18 Le jeune homme obéit et s’arrête. Il baisse la tête, puis jette ses armes, enfin se met à trembler en versant des larmes amères. Il entoure de ses bras le vieillard qui s’avançait, lui demande pardon, comme il peut, par ses gémissements et il est baptisé une seconde fois, dans ses larmes. Cependant il tenait encore sa main droite cachée. 19 L’apôtre se porte caution, l’assure par serment qu’il a trouvé pour lui miséricorde auprès du Sauveur ; il prie, il tombe à genoux, il baise la main droite elle-même du jeune homme pour montrer qu’elle est purifiée par la pénitence. Jean le conduit ensuite à l’église, intercède pour lui dans de longues prières, offre avec lui des jeûnes prolongés et enchante son esprit par le charme varié de ses discours. On dit qu’il ne le quitta pas avant de l’avoir fixé définitivement dans l’Église, offrant un grand exemple de véritable repentir et une éclatante preuve de renaissance, un trophée de résurrection visible ». Chapitre XXIV L’ordre des Évangiles 1 J’ai placé ici ce passage de Clément à la fois pour l’information et pour l’utilité de ceux qui le rencontreront. Maintenant indiquons les écrits incontestés de l’apôtre Jean. 2 On doit d’abord recevoir comme authentique son évangile ; il est reconnu tel par toutes les églises qui sont sous le ciel. C’est à bon droit que les anciens l’ont placé au quatrième rang après les trois autres ; en voici le motif. 3 Les hommes inspirés et vraiment dignes de Dieu, je dis les apôtres du Christ, purifiaient leur vie avec un soin extrême, ornant leur âme de toute vertu. Mais ils connaissaient peu la langue ; la puissance divine qu’ils tenaient du Sauveur et qui opérait des merveilles était leur assurance. Exposer les enseignements du maître avec l’habileté insinuante et l’art des discours leur était inconnu et ils ne l’entreprenaient pas. Ils se contentaient de la manifestation de l’Esprit Saint qui les assistait et de la seule puissance du Christ qui agissait avec eux et faisait des miracles. Ils annonçaient à l’univers entier la connaissance du royaume des cieux sans le moindre souci d’écrire des ouvrages. 4 Ils faisaient cela pour accomplir un ministère sublime et au-dessus de l’homme. Paul, le plus puissant d’ailleurs dans l’art de tout discours et le plus habile dans les pensées, ne confia rien autre à l’écriture que de fort courtes épîtres. Il avait pourtant ,à dire des choses très nombreuses et mystérieuses, puisqu’il avait touché aux merveilles qui sont jusqu’au troisième ciel et, ravi au paradis même de Dieu, il avait été jugé digne d’entendre là des paroles ineffables. 5Ils n’étaient pas aussi sans éprouver les mêmes choses, les disciples de notre Sauveur, les douze apôtres, les soixante-dix disciples, et bien d’autres avec ceux-ci. Cependant d’eux tous, Matthieu et Jean, seuls, nous ont laissé des mémoires des entretiens du Seigneur ; encore ils n’en vinrent à les composer que poussés, dit-on, par la nécessité. 6 Matthieu prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il dut ensuite aller en d’autres pays, il leur donna son évangile dans sa langue maternelle ; il suppléait à sa présence, auprès de ceux qu’il quittait, par un écrit. 7 Tandis que déjà Marc et Luc avaient fait paraître leurs évangiles, Jean, dit-on, n’avait constamment prêché que de vive voix. Enfin, il en vint à écrire ; voici pour quel motif On raconte que l’apôtre reçut les trois évangiles composés précédemment ; tous les avaient déjà et il les accepta, leur rendant le témoignage qu’ils contenaient la vérité. Seulement il manquait à leur récit l’exposé de ce qu’avait fait le Christ tout d’abord au commencement de sa Et cette parole est vraie. On peut voir en effet que ces trois évangélistes ont raconté seulement les faits postérieurs à l’emprisonnement de Jean-Baptiste et accomplis par le Sauveur dans l’espace d’une année. Ils le disent du reste au début de leur narration. 9 Le jeûne de quarante jours et la tentation qui eut lieu à ce propos marquent le temps indiqué par Matthieu. Il dit Ayant appris que Jean avait été livré, il laissa la Judée et revint en Galilée ». 10Marc débute de même Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée ». Quant à Luc, avant de commencer le récit des actions de Jésus, il fait à peu près la même remarque en disant qu’Hérode ajouta aux méfaits qu’il avait commis, celui de mettre Jean en prison ». 11 L’apôtre Jean fut, dit-on, prié, pour ce motif, de donner dans son évangile la période passée sous silence par les précédents évangélistes et les faits accomplis par le Sauveur en ce temps, c’est-à-dire ce qui s’était produit avant l’incarcération du baptiste. Il indique cela même, soit quand il dit Tel fut le début des miracles que fit Jésus », soit quand il fait mention de Jean, au milieu de l’histoire de Jésus, comme baptisant encore en ce moment à Enon, près de Salem. Il le montre clairement aussi par ces paroles Car Jean n’était pas encore jeté en prison ». 12Ainsi donc l’apôtre Jean dans son évangile rapporte ce que fit le Christ quand le baptiste n’était pas encore incarcéré ; les trois autres évangélistes au contraire racontent ce qui suivit son emprisonnement. 13 Quiconque remarque ces choses, ne peut plus penser que les évangélistes soient en désaccord les uns avec les autres. Car l’évangile de Jean comprend l’histoire des premières œuvres du Christ, les autres évangélistes nous donnent le récit de ce qu’il a fait à la fin de sa vie. Vraisemblablement Jean a passé sous silence la génération de notre Sauveur selon la chair, parce qu’elle avait été écrite auparavant par Matthieu et Luc ; il a commencé par sa divinité. Cet honneur lui avait, pour ainsi dire, été réservé par l’Esprit divin comme au plus digne. 14 Voilà ce que nous avions à dire sur la composition de l’évangile de Jean ; le motif qui a poussé Marc à écrire a été expliqué plus haut. 15 Luc, au début de son récit, expose lui-même ce qui l’a déterminé à entreprendre son œuvre. Il nous déclare que beaucoup d’autres se sont mêlés de raconter inconsidérément des choses qu’il a examinées à fond. Aussi bien, juge-t-il nécessaire de nous débarrasser des conjectures douteuses qu’ils enseignent, et de nous donner, en son évangile, le récit fidèle des événements dont il a acquis une connaissance certaine, dans la compagnie et la fréquentation de Paul, ainsi que dans les entretiens qu’il a eus avec les autres apôtres. 16 Voilà ce que nous avons à dire sur ce sujet nous serons plus à l’aise à l’occasion en citant le témoignage des anciens pour essayer de montrer ce qui a été ’dit par les autres au sujet de ces évangiles. 17 Pour ce qui est des écrits de Jean, en dehors de l’Évangile, la première de ses épîtres est aussi reconnue par nos contemporains et par les anciens comme hors de toute contestation ; les deux autres sont discutées. 18 L’autorité de l’Apocalypse est mise en doute par beaucoup encore aujourd’hui. Mais cette question sera résolue également en son lieu à l’aide du témoignage des anciens. Chapitre XXV Les écritures reconnues pour tous et celles qui ne le sont pas 1 Au point où nous en sommes, il semble à propos de capituler dans une liste les écrits du Nouveau Testament dont nous avons déjà parlé. Nous mettrons au premier rang la sainte tétrade des Évangiles que suit le livre des Actes des Il faut y joindre les épîtres de Paul ; puis, la première attribuée à Jean, et aussi la première de Pierre. On ajoutera, si on le juge bon, l’Apocalypse de Jean au sujet de laquelle nous exposerons en son temps les diverses opinions. 3 Voilà les livres reçus de tous. Ceux qui sont contestés, quoiqu’un grand nombre les admettent, sont l’épître dite de Jacques, celle de Jude, la seconde de Pierre, celles qu’on appelle la seconde et la troisième de Jean, qu’elle soit de l’évangéliste ou d’un homonyme. 4 On doit ranger entre les apocryphes les Actes de Paul, le livre qu’on nomme le Pasteur, l’Apocalypse de Pierre, l’épître attribuée à Barnabé, ce qu’on intitule les Enseignements des apôtres et, si l’on veut, ainsi que je l’ai dit plus haut, l’Apocalypse de Jean que les uns, comme je l’ai indiqué, rejettent comme supposée et que les autres, maintiennent au nombre des œuvres reconnues. 5 Certains font encore entrer dans cette catégorie l’Évangile aux Hébreux, dont les Juifs qui ont reçu le Christ aiment surtout à se servir. Tous ces livres peuvent être classés parmi ceux qui sont discutés. 6Nous avons cru nécessaire d’établir le catalogue de ceux-là aussi et de séparer les écrits que la tradition ecclésiastique a jugés vrais, authentiques et reconnus, d’avec ceux d’une autre condition, qui ne sont pas testamentaires et se trouvent contestés, bien que la plupart des écrivains ecclésiastiques les connaissent. Ainsi, nous pourrons discerner ces ouvrages et les distinguer de ceux que les hérétiques présentent sous le nom des apôtres, tels que les Évangiles de Pierre, de Thomas, de Matthias et d’autres encore, ou tels que les Actes d’André, de Jean et du reste, des apôtres, dont aucun écrivain de la tradition ecclésiastique n’a jamais jugé utile d’invoquer le témoignage. 7 Le style du reste s’éloigne de la manière apostolique, tandis que la pensée et l’enseignement qu’ils contiennent sont tout à fait en désaccord avec la véritable orthodoxie. C’est là une preuve manifeste qu’ils sont des élucubrations d’hérétiques. Il ne faut donc pas même les ranger parmi les apocryphes ; mais les rejeter comme absolument absurdes et impies. Maintenant reprenons la suite de notre récit. Chapitre XXVI Ménandre le magicien 1 Ménandre succéda à Simon le mage. Cet autre instrument de la puissance diabolique ne se montra pas inférieur au premier. Lui aussi était Samaritain ; aussi bien que son maître, il atteignit les sommets de la science magique et il le dépassa même dans ses prodiges. Il se disait le sauveur envoyé d’en haut dès les siècles invisibles pour le salut des hommes. 2 Il enseignait qu’on ne pouvait dépasser les anges créateurs du monde, à moins d’être initié par lui à l’exercice de la magie et d’avoir reçu le baptême qu’il conférait. Ceux qui en avaient été jugés dignes, participaient en ce monde à une immutabilité éternelle ; ils ne mouraient pas, ils demeuraient ici-bas sans vieillir jamais et devenaient immortels. On peut facilement, du reste, lire tout cela dans Irénée. 3Justin, traitant de Simon, parle aussi de Ménandre au même endroit et ajoute ceci à son sujet voyez l’Appendice . Un certain Ménandre, Samaritain, lui aussi, du bourg de Caparattée, devint disciple de Simon. Aiguillonné comme lui par les démons, il alla à Antioche où nous savons qu’il séduisit beaucoup de gens par l’exercice de la magie. Il leur persuadait que ceux qui le suivaient ne mourraient pas encore aujourd’hui, il y a des gens qui le disent d’après lui ». 4 L’activité du démon se servait de tels imposteurs couverts du nom des chrétiens, dans le but de détruire par la magie le grand mystère de la religion et de mettre en pièces les dogmes de l’Église sur l’immortalité de l’âme et la résurrection des morts. Mais ceux qui souscrivirent à de tels sauveurs furent déchus de la véritable espérance. Chapitre XXVII L’hérésie des ébionites 1 Le démon malfaisant, ne réussissant pas à en détacher d’autres de l’amour du Christ de Dieu, s’empara d’eux par un côté où il les trouva accessibles. Ces nouveaux hérétiques furent à bon droit appelés, dès l’origine, Ebionites, parce qu’ils avaient sur le Christ des pensées pauvres et humbles. 2 Celui-ci leur apparaissait dans leurs conceptions comme un être simple et vulgaire ; devenu juste par le progrès de sa vertu, il n’était qu’un mortel qui devait sa naissance à l’union de Marie et d’un homme. L’observance de la loi mosaïque leur était tout à fait nécessaire, parce qu’ils ne devaient pas être sauvés par la seule foi au Christ, non plus que par une vie conforme à cette foi. 3 Il y en avait cependant d’autres qui portaient le même nom et qui se gardaient de la sottise de ceuxci. Ils ne niaient pas que le Seigneur fût né d’une vierge et du Saint-Esprit ; mais, comme eux, ils n’admettaient pas sa préexistence, quoiqu’il fût le Verbe divin et la Sagesse, et ils revenaient ainsi à l’impiété des premiers. Leur ressemblance avec les autres est surtout dans le zèle charnel qu’ils mettaient à accomplir les prescriptions de la loi. 4 Ils pensaient que les épîtres de l’apôtre doivent être rejetées complètement, et ils l’appelaient un apostat de la loi. Ils ne se servaient que de l’Évangile aux Hébreux et faisaient peu de cas des autres. 5 Ils gardaient le sabbat et le reste des habitudes judaïques, ainsi que les autres Ébionites ; cependant ils célébraient les dimanches à peu près comme nous, en mémoire de la ..résurrection du Sauveur. 6 Une telle conception leur a valu le nom d’Ébionites, qui convient assez pour exprimer la pauvreté de leur intelligence, puisque c’est par ce terme que les Hébreux désignent les mendiants voyez l’Appendice. Chapitre XXVIII L’hérésiarque Cérinthe 1 Nous avons appris qu’à cette époque surgit le chef d’une autre hérésie, c’était Cérinthe. Gaïus, dont nous avons déjà rapporté plus haut les paroles, écrit ceci à son sujet dans sa Recherche 2 Mais Cérinthe au moyen de révélations comme celles qu’écrivit un grand apôtre, nous présente d’une façon mensongère des récits de choses merveilleuses qui lui auraient été montrées par les anges ; il dit qu’après la résurrection, le règne du Christ sera terrestre, que la chair revivra de nouveau à Jérusalem et servira les passions et les voluptés. C’est un ennemi des Écritures divines et comme il veut tromper les hommes, il dit qu’il y aura mille ans de fêtes nuptiales voyez l’appendice ». 3 Denys, qui de notre temps a obtenu le siège de l’église d’Alexandrie, dans le second livre de ses Promesses, lorsqu’il parle de L’Apocalypse de Jean, raconte certains faits comme venant de la tradition ancienne, et fait mention du même Cérinthe en ces termes 4 Cérinthe, l’auteur de l’hérésie qu’on appelle corinthienne, voulut mettre son œuvre sous un nom digne de lui attirer du crédit. Voici en effet le principe de son enseignement le règne du Christ sera terrestre. 5 Il consistera, d’après le rêve de Cérinthe, dans les choses que lui-même désirait, étant ami des sens et tout charnel, dans les satisfactions du ventre et de ce qui est au-dessous du ventre, c’est-à-dire dans le boire, le manger et le plaisir charnel, et aussi dans des choses par lesquelles il pensait donner à ces satisfactions un aspect plus honorable, dans des fêtes, des sacrifices et des immolations de victimes ». 6 Voilà ce qu’écrit Denys. Irénée, nous rapporte certaines erreurs plus secrètes du même Cérinthe dans son premier livre sur les Hérésies. Dans le troisième, il raconte une anecdote digne d’être citée qu’il tient de Polycarpe. L’apôtre Jean était entré un jour dans des bains pour s’y laver. Il apprit que Cérinthe y était ; il s’en alla précipitamment et gagna la porte, ne supportant pas d’être sous le même toit que lui, et il dit ceci aux compagnons qui étaient avec lui Fuyons, de peur que les bains ne s’écroulent ; Cérinthe s’y trouve, l’ennemi delà vérité ». Chapitre XXIX Nicolas et ceux auxquels il a donné son nom 1 En ce temps-là, naquit aussi l’hérésie dite des Nicolaïtes, qui dura très peu et dont il est question dans l’Apocalypse de Jean. Ses adeptes prétendent que Nicolas était un des diacres, compagnons d’Etienne, choisis par les apôtres pour le service des pauvres. Voici, du moins, ce que raconte de lui en propres termes Clément d’Alexandrie au troisième livre de ses Stromates 2 Il avait, dit-on, une femme dans l’éclat de sa jeunesse. Après l’ascension du Sauveur, les apôtres lui reprochèrent d’en être jaloux alors Nicolas l’amena et l’abandonna à qui la voudrait épouser. On dit que cette conduite était en effet conforme à la maxime qu’il faut faire peu de cas de la chair. Ceux qui adoptent son hérésie suivent, simplement, sans examen, cet exemple et ce principe, et ils se laissent aller à une honteuse prostitution. 3Pour moi, je crois que jamais Nicolas n’eut d’autre femme .que celle qu’il avait épousée ; quant à ses enfants, ses filles vécurent vierges et son fils garda la chasteté. Les choses étant ainsi, cet abandon en présence des apôtres de sa femme, qui était un objet de jalousie, fut un renoncement à la passion, et cette continence en ce qui regarde les joies les plus recherchées enseigna à faire peu de cas de la chair. Car il ne me semble pas qu’il voulut, selon la défense du Christ, servir deux maîtres », le plaisir et le Seigneur. 4 On prétend aussi que Matthias enseignait ainsi à combattre la chair, à en faire peu de cas, et à ne rien lui accorder qui puisse la flatter, mais à grandir plutôt son âme par la foi et la science ». Voilà ce qui concerne ceux qui ont essayé, en ces temps-là, de fausser la vérité. Ils ont complètement disparu, plus vite qu’on ne peut le dire. Chapitre XXX Les apôtres qui vécurent dans le mariage 1 Cependant Clément, dont nous venons de citer les paroles, donne immédiatement après, au sujet de ceux qui condamnent les noces, les noms des apôtres qui vécurent dans le mariage, et il dit Est-ce qu’ils réprouveront même les apôtres ? car Pierre et Philippe eurent des enfants ; celui-ci même maria ses filles et Paul n’hésite pas dans une épître à saluer sa femme ; il ne l’а pas emmenée avec lui pour ne pas être gêné dans son ministère ». 2 Puisque nous rappelons ces choses, il ne sera pas sans intérêt de rapporter du même écrivain une anecdote digne d’être contée. Il l’expose ainsi, au septième livre des Stromates On dit que le bienheureux Pierre voyant conduire sa femme au supplice, se réjouit de sa vocation et de son retour dans la demeure ; il l’encourageait et la consolait de toutes ses forces, l’appelant par son nom Ô toi, lui disait-il, souviens-toi du Seigneur ». Voilà ce qu’étaient les mariages des saints et les sentiments exquis de ceux qui s’aimaient tant voyez l’Appendice ». Ce récit était assorti à mon dessein présent ; voilà pourquoi je l’ai placé ici. Chapitre XXXI Mort de Jean et de Philippe 1 Nous avons jusqu’ici indiqué le temps et le genre de la mort de Paul et de Pierre, comme aussi le lieu où leurs corps ont été déposés, après leur trépas. 2 Nous avons dit aussi l’époque de la mort de Jean. Quant à l’endroit de sa sépulture, il est indiqué dans la lettre que Polycrate celui-ci était évêque de l’église d’Éphèse écrivit à Victor, évêque des Romains. Il y est également question de Philippe et de ses filles en ces termes 3 De grands astres, dit-il, se sont couchés en Asie, qui se lèveront au dernier jour, lors de la venue du Sauveur, quand il viendra du ciel avec gloire pour chercher tous les saints, Philippe, l’un des douze apôtres, qui repose à Hiérapolis, ainsi que deux de ses filles, qui ont vieilli dans la virginité, et, l’autre qui, après avoir vécu dans le Saint-Esprit, a été ensevelie à Éphèse Jean lui aussi, l’apôtre qui a dormi sur la poitrine du Sauveur, qui, prêtre, a porté la lame d’or, a été martyr et docteur et a son tombeau à Éphèse ». Voilà ce qui concerne la mort de ces personnages 4 Dans le dialogue de Gaïus dont nous avons parlé un peu plus haut, Proclus, contre qui la discussion est dirigée, est également de notre avis pour ce que nous venons de rapporter de la mort de Philippe et de ses filles. 11 parle ainsi Après celui-ci, il y eut à Hiérapolis ; en Asie quatre prophétesses, les filles de Philippe ; leur tombeau est là, ainsi que celui de leur père ». Voilà ce qu’il dit. 5 Luc, d’autre part, dans les Acte des apôtres, nous rappelle que les filles de Philippe vivaient alors à Césarée de Judée avec leur père et qu’elles avaient le don de prophétie. Il dit en propres termes Nous sommes venus à Césarée et nous sommes entrés dans la maison de Philippe l’évangéliste, qui était un des sept. Nous sommes restés chez lui. Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient ». 6 Ce qui est venu à notre connaissance concernant les apôtres, leurs temps et les saints écrits qu’ils nous ont laissés, ceux qui sont contestés, quoique beaucoup les lisent publiquement dans un grand nombre d’églises, ceux qui sont tout à fait apocryphes et étrangers à l’orthodoxie apostolique, voilà ce que nous avons exposé en ce qui précède. Il faut maintenant continuer notre récit. Chapitre XXXII Comment Siméon, évêque de Jérusalem, rendit témoignage 1 Après Néron et Domitien, sous le prince dont nous examinons actuellement l’époque, on raconte que, partiellement et dans certaines villes, le soulèvement des populations excita contre nous une persécution. C’est alors que Siméon, fils de Clopas, dont nous avons dit qu’il était le second évêque de Jérusalem, couronna sa vie par le martyre, comme nous l’avons appris. 2Ce fait nous est garanti par le témoignage d’Hégésippe, auquel nous avons déjà emprunté maintes citations. Parlant de divers hérétiques, il ajoute qu’à cette époque Siméon eut alors à subir une accusation venant d’eux ; on le tourmenta pendant plusieurs jours parce qu’il était chrétien ; il étonna absolument le juge et ceux qui l’entouraient ; enfin, il souffrit le supplice qu’avait enduré le Sauveur. 3 Mais rien ne vaut comme d’entendre l’écrivain dans les termes dont il s’est servi et que voici C’est évidemment quelques-uns de ces hérétiques qui accusèrent Siméon, fils de Glopas d’être descendant de David et chrétien ; il subit ainsi le martyre à cent vingt ans sous le règne de Trajan et le consulaire Atticus ». 4 Le même auteur dit encore qu’il arriva à ses accusateurs dans la recherche qu’on fît des rejetons de la race royale des Juifs, d’être mis à mort comme appartenant à cette tribu. Siméon, on peut l’inférer à bon droit, est lui aussi un des témoins qui ont vu et entendu le Seigneur ; on en a la preuve dans sa longévité et dans le souvenir que l’Évangile consacre à Marie, femme de Clopas, qui fut sa ’mère comme nous l’avons dit plus haut. 5 Le même auteur nous apprend encore que d’autres descendants de Jude, l’un de ceux qu’on disait frères du Seigneur, vécurent jusqu’au temps du même règne de Trajan, après avoir, sous Domitien, rendu témoignage à la foi chrétienne ainsi que nous l’avons déjà noté. Voici ce que nous raconte cet écrivain 6 Ils vont donc servant de guides à chaque église en qualité de martyrs et de parents du Seigneur. Grâce à la paix profonde dont l’église entière jouissait alors, ils vivent jusqu’à Trajan. Sous le règne de ce prince, Siméon, dont il a été question plus haut, fils de Clopas, l’oncle du Seigneur, dénoncé par des hérétiques, fut lui aussi jugé comme eux sous le consulaire Atticus, pour le même motif. Ses tortures durèrent de longs jours et il rendit témoignage de sa foi de façon à étonner tout le monde et le consulaire lui-même, qui était surpris de voir une telle patience à un vieillard de cent vingt ans. Il fut condamné à être crucifié ». 7 Après cela le même Hégésippe poursuivant le récit des temps dont nous parlons, ajoute que jusqu’à cette époque l’église demeura semblable à une vierge pure et sans souillure c’était dans l’ombre ténébreuse et comme dans une tanière que travaillaient alors, quand il s’en trouvait, ceux qui essayaient d’altérer la règle intacte de la prédication du Sauveur. 8 Mais lorsque le chœur sacré des apôtres eut succombé à divers genres de mort et qu’eut disparu la génération de ceux qui avaient été jugés dignes d’entendre de leurs oreilles la Sagesse divine, alors l’erreur impie reçut un commencement d’organisation par la tromperie de ceux qui enseignaient une autre doctrine. Ceux-ci, voyant qu’il ne restait plus aucun apôtre, jetèrent le masque et se mirent à opposer une science qui porte un nom mensonger à la prédication de la vérité. Chapitre XXXIII Comment Trajan défendit de rechercher les chrétiens 1 La persécution sévissait cependant en beaucoup d’endroits contre nous et avec une si grande vigueur que Pli ne le Jeune, très illustre parmi les gouverneurs, étonné de la multitude des martyrs, écrivit à l’empereur. Il lui dit le nombre de ceux qui étaient mis à mort pour la foi ; il l’informa en même temps qu’il n’avait rien surpris en eux qui fût criminel ou contraire aux lois. Ils se levaient avec l’aurore pour chanter des hymnes au Christ, comme à un Dieu ; mais l’adultère, le meurtre et autres crimes de ce genre étaient repoussés par eux ; leur conduite était entièrement conforme aux lois. 2Comme réponse, Trajan établit un décret portant qu’il ne fallait pas rechercher la tribu des chrétiens, mais la punir quand on la trouvait. C’est ainsi, en quelque sorte, que la menace de la persécution, qui était si forte, s’éteignit. Il restait cependant encore bien des prétextes et non des moindres à ceux qui nous voulaient du mal. Soit qu’elles fussent causées par les populations, soit qu’elles fussent l’œuvre des fonctionnaires locaux qui nous dressaient des embûches, les persécutions partielles se rallumèrent dans les provinces, malgré l’absence de poursuites officielles ; et beaucoup de fidèles endurèrent des martyres variés. 3 Ceci est emprunté à l’Apologie latine de Tertullien, dont nous avons parlé plus haut. Voici la traduction du passage en question Cependant nous avons trouvé qu’on a défendu de nous rechercher. Pline le Jeune, gouverneur d’une province, après avoir condamné quelques chrétiens et leur avoir retiré leurs dignités, troublé à la vue de leur nombre, ne sut plus que faire. Il écrivit à l’empereur Trajan qu’en dehors du refus d’adorer les idoles, il ne voyait rien de Criminel en eux. Il ajoutait que les chrétiens se levaient dès l’aurore, célébraient dans leurs chants le Christ comme un Dieu, que leur enseignement leur défendait de tuer, de commettre l’adultère, de se permettre l’injustice, le vol et autres choses semblables. Trajan répondit qu’il ne fallait pas rechercher la tribu des chrétiens, mais la punir si on la rencontrait ». Et telle était de fait la ligne de conduite. Chapitre XXXIV Évariste est le quatrième chef de l’église des romains 1 Pour ce qui est des évêques de Rome, la troisième année du règne de l’empereur désigné plus haut 100 , Clément, termina sa vie, laissant sa charge à Évariste. Il avait en tout présidé neuf ans à l’enseignement de la parole divine. Chapitre XXXV Le troisième évêque de Jérusalem est Juste 1 Cependant, Siméon mort, lui aussi, de la façon que nous avons dite, un Juif, du nom de Juste, reçut le siège de l’église de Jérusalem. Ceux de la circoncision qui croyaient au Christ étaient alors très nombreux ; il était l’un d’entre eux. Chapitre XXXVI Ignace et ses épîtres 1 À cette époque, florissait en Asie Polycarpe, compagnon des apôtres. Il avait été établi évêque de l’Église de Smyrne par ceux qui avaient vu et servi le Sauveur. 2En ce temps, Papias, lui aussi évêque d’Hiérapolis, était en réputation, ainsi qu’Ignace, maintenant encore si connu. Celui-ci avait obtenu au second rang la succession de Pierre dans l’église d’Antioche. 3On raconte qu’il fut envoyé de Syrie à Rome pour être exposé aux bêtes à cause de son témoignage en faveur du Christ. 4II fit ce voyage à travers l’Asie, sous la plus étroite surveillance de ses gardes. Dans les villes où il passait, il affermissait les églises par ses entretiens et ses exhortations. Il les engageait avant tout à se prémunir contre les hérésies, qui justement alors commençaient à abonder ; il les pressait de tenir fermement à la tradition des apôtres et, pour plus de sécurité, il jugea nécessaire de la fixer par écrit il était déjà martyr. 5Se trouvant ainsi à Smyrne où était Polycarpe, il adressa une lettre à l’église d’Éphèse où il fait mention d’Onésime, son pasteur. Il en envoya une autre à l’Église de Magnésie sur le Méandre, où il parle également de l’Evêque Damos ; une autre à celle de Tralles, dont il dit que Polybe était alors évêque. 6II écrivit en outre à l’église de Rome pour conjurer instamment qu’on ne fît pas de démarches en vue de le priver du martyre qui était son désir et son espérance. Il est bon de citer quelques courts passages de ces épîtres pour confirmer ce que nous avançons. Voici donc ce qu’il dit en propres termes 7 Depuis la Syrie jusqu’à Rome, j’ai à lutter avec les bêtes sur terre et sur mer, la nuit et le jour je suis attaché à dix léopards, qui sont les soldats de mon escorte. Quand je leur fais du bien, ils deviennent pires à leurs injustices, je deviens de plus en plus disciple, mais je n’en suis pas pour cela justifié. 8Du moins que je puisse jouir des bêtes qui me sont préparées je prie afin de les trouver le plus tôt possible. Je les caresserai afin qu’elles me dévorent rapidement, et qu’elles ne me fassent comme à certains, qu’elles ont eu peur de toucher ; si elles s’y refusent, je les y forcerai. 9 Pardonnez-moi ; mais je sais ce qu’il me faut, et voici que je commence à être un disciple. Que les choses visibles ou invisibles n’occupent plus mon désir, afin que j’obtienne Jésus-Christ. Feu, croix, attaque des bêtes, rupture des os, séparation des membres, broiement de tout le corps, supplices du diable, que tout cela vienne sur moi, pourvu seulement que j’obtienne Jésus-Christ ». 10 Voilà ce qu’il adressait de la ville dont nous avons parlé aux églises que nous avons énumérées. Étant déjà loin de Smyrne, il écrivit de nouveau de Troade aux chrétiens de Philadelphie, ainsi qu’à l’église de Smyrne et en particulier à Polycarpe, son évêque. Il le savait tout à fait homme apostolique, et il lui confiait, comme à un vrai et bon pasteur, son troupeau d’Antioche, dans la pensée qu’il en aurait un soin diligent. 11 S’adressant aux Smyrniens, il se sert de paroles empruntées je ne sais où, en disant ce qui suit du Christ Je sais et je crois qu’après sa résurrection il existe dans sa chair. El lorsqu’il vint auprès des compagnons de Pierre, il leur dit Prenez, touchez-moi, et voyez que je ne suis pas un esprit qui n’a point de corps ». Ils le touchèrent aussitôt et ils crurent ». 12 Irénée connut lui aussi le martyre d’Ignace et il parle de ses lettres en ces termes Comme dit un des nôtres, condamné aux bêles pour le témoignage rendu à Dieu Je suis le froment de Dieu et je serai moulu par la dent des bêtes, afin de devenir un pain sans tache ». 13 Polycarpe aussi mentionne les mêmes choses dans la lettre aux Philippiens qu’on a de lui. Il dit en propres termes Je vous exhorte tous à obéir et à vous exercer à cette indéfectible patience que vous avez pu contempler de vos yeux, non seulement dans les bienheureux Ignace. Rufus et Zosime, mais encore en d’autres qui sont des vôtres, et en Paul lui-même et dans le reste des apôtres. Soyez convaincus que tous ceux-là n’ont pas couru en vain, mais dans la foi et la justice, et qu’ils sont à la place qui leur revenait de droit auprès du Seigneur, pour lequel ils ont souffert. Car ils n’ont pas aimé ce siècle, mais celui qui est mort pour nous, et que Dieu a ressuscité à cause de nous ». 14 Et il ajoute ensuite Vous aussi m’avez écrit, ainsi qu’Ignace, afin que si quelqu’un va en Syrie, il porte vos lettres. J’en aurai soin, si l’occasion favorable se présente, soit que j’y aille moi-même ou que j’envoie quelqu’un qui sera votre messager. 15Quant aux épîtres qu’Ignace nous avait adressées et toutes celles que nous avions chez nous, nous vous les avons envoyées, comme vous l’avez demandé ; elles sont avec cette lettre. Vous pourrez en recueillir un grand profit ; vous y trouverez foi, patience et toute édification qui se rapporte à notre Seigneur ». Voilà ce que j’avais à dire d’Ignace, Héros lui succéda comme évêque d’Antioche. Chapitre XXXVII Les évangélistes qui se distinguaient alors 1 Parmi ceux qui florissaient en ce temps était Quadratus. On dit qu’il fut honoré ainsi que les filles de Philippe du don de prophétie. Beaucoup d’autres aussi furent alors célèbres ils avaient le premier rang dans la succession des apôtres. Disciples merveilleux de tels maîtres, ils bâtissaient sur les fondements des églises, que ceux-ci avaient établis en chaque pays ; ils développaient et étendaient la prédication de l’évangile et ils répandaient au loin par toute la terre les germes sauveurs du royaume des cieux. 2Beaucoup en effet des disciples d’alors sentaient leur âme touchée par le Verbe divin, d’un violent amour pour la philosophie. Ils commençaient par accomplir le conseil du Sauveur. Ils distribuaient leurs biens aux pauvres. Puis, ils quittaient leur patrie et allaient remplir la mission d’évangélistes. À ceux qui n’avaient encore rien entendu de l’enseignement de la foi, ils allaient à l’envi prêcher et transmettre le livre des divins évangiles. 3 Ils se contentaient de jeter les bases de la foi chez les peuples étrangers, y établissaient des pasteurs et leur abandonnaient le soin de ceux qu’ils venaient d’amener à croire. Ensuite, ils partatent vers d’autres contrées et d’autres nations avec la grâce et le secours de Dieu ; car les nombreuses et merveilleuses puissances de l’Esprit divin agissaient en eux encore en ce temps. Aussi dès la première nouvelle, les foules se groupaient et recevaient avec empressement dans l’âme la religion du créateur de l’univers. 4 Il nous est impossible d’énumérer et de citer par leur nom tous ceux qui, lors de la première succession des apôtres, devinrent les pasteurs ou les évangélistes des diverses églises du monde. Nous ne pouvons guère mentionner et transcrire ici que les noms de ceux qui ont transmis jusqu’à nous dans leurs mémoires la tradition de l’enseignement apostolique. Chapitre XXXVIII L’épître de Clément et celles qui lui sont faussement attribuées 1 Tels sont, par exemple, Ignace, dans les lettres que nous avons énumérées, et encore Clément, dans celle dont l’authenticité est reconnue de tous et qu’il a rédigée pour l’Église de Corinthe au nom de celle de Rome. L’auteur y fait beaucoup d’emprunts à l’Epître aux Hébreux, soit pour les pensées, soit même pour certaines expressions qu’il rapporte textuellement ; il y montre avec évidence que ce dernier écrit n’était pas nouveau. 2 C’est donc à bon droit qu’il a été rangé parmi les autres œuvres de l’apôtre. Paul, dit-on, s’était adressé aux Hébreux dans leur langue maternelle. Sa lettre fut traduite par l’évangéliste Luc, selon les uns, et, selon les autres, par Clément. 3Des deux hypothèses celle-ci semblerait plutôt être la vraie. D’une part, l’épître de Clément et l’épître aux Hébreux conservent la même allure de style ; et, d’autre part, les pensées dans les deux écrits ont une parenté qui n’est pas Il ne faut pas ignorer qu’on attribue encore une seconde épître à Clément ; mais nous savons qu’elle n’a pas été aussi connue que la première, puisque nous ne voyons pas que les anciens s’en soient servis. 5D’autres écrits verbeux et longs ont été tout récemment présentés sous son nom. Ils contiennent des discours de Pierre et d’Apion, dont on ne trouve absolument nulle mention chez les anciens. Ils n’ont du reste pas la vraie marque de l’orthodoxie apostolique. Voilà clairement ce qui concerne l’œuvre de Clément qui est reconnue comme authentique ; il a été parlé également des écrits d’Ignace et de Polycarpe. Chapitre XXXIX Les écrits de Papias 1 On montre de Papias cinq livres qui ont pour titre Explication des sentences du Seigneur. Irénée en fait mention comme des seuls qu’il ait écrits Papias, dit-il, disciple de Jean, familier de Polycarpe, homme antique, l’atteste par écrit dans son quatrième livre ; car il en a composé cinq ». Telles sont les paroles d’Irénée. 2 Cependant Papias, dans la préface de son ouvrage, ne paraît nullement avoir entendu ni vu les saints apôtres ; mais il apprend qu’il a reçu les leçons de la foi de ceux qui les avaient connus, et voici les termes dont il se sert 3 Pour toi, je n’hésiterai pas à ajouter ce que j’ai appris des presbytres et dont j’ai fort bien conservé le souvenir, pour confirmer la vérité de mes explications. Car ce n’était pas auprès des beaux parleurs que je me plaisais, comme le font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignaient le vrai ; je n’aimais pas ceux qui rapportaient des préceptes étrangers, mais ceux qui transmettaient les commandements imposés par le Seigneur à notre foi et nés de la vérité elle-même. 4Quand quelque part, je rencontrais ceux qui avaient été dans la compagnie des presbytres, je cherchais à savoir les propos des presbytres ; ce qu’avait dit André ou Pierre ou Philippe ou Thomas ou Jacques ou Jean ou Matthieu ou quelqu’autre des disciples du Seigneur ; ce que disaient Aristion et Jean le presbytre, disciples du Seigneur. Je ne croyais pas que ce qu’il y a dans les livres me fût aussi profitable que d’entendre les choses exprimées par une parole demeurée vivante ». 5 Il est bon de remarquer que Papias mentionna deux personnages appelés Jean. Il place le premier avec Pierre, Jacques, Matthieu et le reste des Apôtres ; c’est clairement l’évangéliste qu’il indique. Il introduit ensuite une distinction dans son énumération et range le second Jean parmi d’autres qui sont en dehors du nombre des Apôtres ; il le place après Aristion et le désigne positivement sous le nom de Ainsi se trouverait confirmée l’assertion de ceux qui affirment qu’il y aurait eu deux hommes de ce nom en Asie et qu’il existe aussi à Éphèse deux tombeaux portant encore maintenant le nom de Jean. Il est indispensable de faire attention à ceci ; car, si l’on refuse de l’admettre du premier, il serait vraisemblable que ce soit le second qui ait contemplé la révélation attribuée à Jean. 7 Papias, dont il est question actuellement, reconnaît donc avoir reçu la doctrine des apôtres par ceux qui les ont fréquentés. D’autre part, il dit avoir été l’auditeur direct d’Aristion et de Jean le presbytre il cite en. effet souvent leurs noms dans ses écrits et il y rapporte ce qu’ils ont transmis. 8 Il n’était pas hors de propos de rapporter ceci, non plus qu’à ses dires exposés plus haut, d’en ajouter d’autres encore dans lesquels l’auteur nous apprend certaines choses miraculeuses qui lui seraient venues de la tradition. 98 Il a déjà été établi antérieurement que l’apôtre Philippe et ses filles avaient séjourné à Hiérapolis. Il faut maintenant indiquer comment Papias, qui vivait en ces mêmes temps, nous dit avoir entendu d’elles une histoire merveilleuse. Il raconte la résurrection d’un mort, arrivée à cette époque-là ; puis, un autre miracle concernant Juste surnommé Barsabas, qui but un poison mortel et par la grâce du Seigneur n’en éprouva aucun mal. 10Ce Juste est celui qu’après l’ascension du sauveur, les saints Apôtres avaient présenté avec Matthias, après avoir prié, pour que le sort désignât lequel des deux devait, à la place de Judas, compléter leur nombre. Le livre des Actes relate ainsi le fait Ils présentèrent deux hommes, Joseph appelé Barsabas, surnommé Juste, et Matthias, et ils prièrent en ces termes.. ». 11 Le même Papias ajoute d’autres éléments qui lui seraient venus, dit-il, par une tradition orale, telles que certaines paraboles étranges et certains enseignements du sauveur ainsi que d’autres récits tout à fait fabuleux. 12II dit, notamment, qu’il y aura mille ans après la résurrection des morts, que le règne du Christ sera matériel et aura lieu sur la terre. Je pense que cette conception vient de ce qu’il a mal compris les récits des apôtres et n’a pas vu qu’ils se servaient de figures et s’exprimaient dans un langage symbolique. 13 Il paraît avoir été du reste d’un esprit fort médiocre, comme on peut le conjecturer d’après ses écrits. Cependant il fut cause qu’un très grand nombre d’auteurs ecclésiastiques après lui adoptèrent le même avis que lui ; son antiquité leur était une garantie. C’est ainsi qu’Irénée et quelques autres ont embrassé son sentiment. 14 Dans son ouvrage, il nous donne encore d’autres récits d’Aristion dont nous avons parlé plus haut, sur les discours du Seigneur, ainsi que des traditions de Jean le presbytre auxquelles nous renvoyons les lecteurs désireux de s’instruire. Pour le moment, il est utile que nous ajoutions à tout ce que nous avons rapporté de lui la tradition qu’il nous transmet au sujet de Marc qui a écrit l’évangile, voici en quels termes. 15 Et le presbytre disait ceci Marc, étant l’interprète de Pierre, écrivit exactement, mais sans ordre, tout ce qu’il se rappelait des paroles ou des actions du Christ ; car il n’a ni entendu ni accompagné le Sauveur. Plus tard, ainsi que je l’ai rappelé, il a suivi Pierre. Or celui-ci donnait son enseignement selon les besoins et sans nul souci d’établir une liaison entre les sentences du Seigneur. Marc ne se trompe donc pas en écrivant selon qu’il se souvient ; il n’a eu qu’un souci, ne rien laisser de ce qu’il avait entendu et ne rien dire de mensonger ». Voilà ce que Papias raconte de Marc. 16Il dit d’autre part ceci de Matthieu Matthieu réunit les sentences de Jésus en langue hébraïque et chacun les traduisit comme il put ». 17 Papias se sert de témoignages tirés de la première épître de Jean et de la première de Pierre. Il raconte encore une autre histoire, au sujet de la femme accusée de beaucoup de péchés devant le Sauveur que renferme l’Évangile aux Hébreux. Cela, ajouté à ce que nous avons exposé, n’a pas été marqué sans utilité. LIVRE III iii. Sur ce chapitre, voy. A. Loisy, Hist. du canon du nouveau Testament Paris, 1891, p. 156. iv, 8 ἐπί ὰ Γαλλία, variante du texte de saint Paul, où on lit aussi εἰ Γαλαίαν, ce qu’a rétabli le traducteur syriaque d’après sa version du Nouveau Testament. En tout cas, l’idée de faire de ce Crescent un évêque de Vienne n’est pas plus vieille que le milieu du ixe siècle ; voy. L. Duchesne, Origines chrétiennes, p. 449; Fastes épiscopaux de la Gaule, t. I, p. 151 suiv. v, 3 Πέλλαν renseignement dû à Eusèbe exclusivement ; voy. les ouvrages cités sur I, vιι, 14. vi, 18 ἐκπνέονα ER, syr., Rufin, Josèphe ; ἐκπνέονα AΒDMT. — 27 ὡ παρ’αὐ BDERT, ὡ παρ’ αὐοῦ Α, ὥπερ αὐ M; tamquam si ipse id perpetrasset, Rufin et syr. Les mss. de Josèphe ont ὡ παρ’ et ὥπερ. Étant donné l’emploi fréquent de παρά chez ces auteurs, il n’y a pas une grande différence de sens. viιι, 6 ἀθρα mss., Ecl. proph., Jos., ἀθρα λεγούη Dem. ; qui parla soudain ἀθρ », syr. ; subitas dicentes Rufin. — 8 πρὸ οὺ παρνα mss., syr., lat. ; πρὸ οὺ παρονα Ε, Jos. — 9 ὸν παρὰ Ῥμαίοι Ῥμαίν Ε Jos. ἔπαρχον alors Lucceius Albinus, procurateur de 62 à 64. ix, 1 Μαθίου BER syr.. Μααθίου, ADMT ; les mss. de Josèphe sont partagés ; ceux de Rufin ont Matthei de première main. — Sur Josèphe, voy. Shuerer, Gesch. des jüd. Volkes, t. I, p. 74 suiv. x, 2 ὴν ῆ ἀνθρπογονία παράδοιν ὴν ἀπ’ ἀνθρπογονία π., Josèphe ; ἀπ’ est le seul texte possible. De même, dans 3 μέχρι ῆ Ἀραξέρξου, ῆ négligé par le syr. et Rufin est interpolé. — 6. Le Περὶ αὐοκράορο λογιμοῦ n’est pas de Josèphe, mais d’un autre écrivain du même temps. Il est quelquefois compté comme quatrième livre des Macchabées. Voy. Shuerer, l. c, t. III, p. 393 suiv. — 8. La biographie de Josèphe est un appendice des Antiquités voy. Shuerer, l. c, t. I, p. 86 suiv. — Sur Juste de Tibériade, voy. ib. t. I, p. 58. — 10. Josèphe, Contre Apion, I, 51, mentionne ces parents d’Agrippa Il Julius Archélaus, son beau-frère, et un Hérode, qui ne peut être l’oncle et beau-frère d’Agrippa II, Hérode de Chalcis, mort en 48 d’après la Ρrosopographia imperii romani, t. II, p. 142-143, peut-être un fils d’Aristobule et de Salomé, par conséquent un petit-fils d’Hérode de Chalcis. xii Ce chapitre, au discours indirect, paraît provenir d’Hégésippe, mentionné à la fin du chap. xi. xiii. Nous donnons, dans le texte grec, la disposition que M. Schwartz a préférée ; dans la traduction, la division en chapitres qui sert de base aux références. Il suit delà que le chapitre Ιγ’ du grec n’a pas de texte correspondant. D’ailleurs les mss. trahissent un grand désordre dans la division du texte. La cause en est facile à découvrir. Notre chapitre xiv,sur Avilius, a été transposé avec le chapitre xiii. La transposition est ancienne, puisqu’elle paraît antérieure à la traduction syriaque et à Rufin. Mais elle est dénoncée par le sommaire des chapitres, qui indique avec les titres la suite des sujets. Le traducteur syriaque avait déjà remarqué la difficulté et pour retrouver le compte des chapitres, il avait placé le titre xiv Anaclet en tête du chapitre xv, coupant en deux la phrase devant ὃv υνεργν expédient empirique. La suite est donc ; titre xii, actuellement chap. xιι Vespasien – XIII – chap. XIV Avilius – XIV – chap. XIII Anaclet – XV – chap. XV Clément Eusèbe passe de Jérusalem à Alexandrie, puis d’Alexandrie à Rome. xx, 1 ὁ ἠουοκᾶο les vétérans qui faisaient partie des euocati avaient des fonctions administratives inférieures ; on connaît un euocatus Palatinus, c’était une sorte d’huissier du palais. Rufin Hos Reuocatus quidam nomine, qui ad hoc missus fuerat, perducit ad Domitianum Caesarem c’est la méprise qui a fait d’expeditus un nom de saint ; mais elle est étrange chez un écrivain romain. — Hégésippe emploie encore deux mots tirés du latin, ἐδηλαρευαν, de delator, mais sans correspondant exact, et δηνάρια, fréquent chez les historiens grecs. xxii ἐγνρίζεο terme fréquemment employé dans les chroniques grecques pour désigner le temps où florissait un personnage clarus habebatur. xxiii, 7 οὕνομα Smyrne, d’après le Chronicon Paschale, p. 470, 9, dont l’évêque était saint Polycarpe. xxiv, 7 ἤδη ... πεποιημένν ; au lieu de ces mots, les traductions supposent un autre texte ; über Marcus aber und über Lucas und über die Ueberlieferung ihrer Evangelien ist schon von uns gesprochen » syr. ; post hunc, Lucae et Marci scriptura euangelica secundum eas causas quas superius diximus editur Rufin. Cf. II, xv, et III, iv, 6. xxv, Sur ce chapitre, voy. plus haut, chap. iii, et LOISY, Histoire du canon du Nouveau Testament Paris, 1891, p. 151 suiv. — Δηλθεία ne signifie rien de plus que de quibus diximus, comme l’a prouvé Heinichen ; voy. plus haut, la note sur I, ν, 1. xxvi, 3. Voy. le texte de Justin dans l’édition PAUTIGNY, p. 52, et les divergences des mss. de Justin avec Eusèbe, ib., p. xxxi. xxvii, 6. Le nom de Pauvres » devait être donné dès l’origine aux chrétiens à Jérusalem ; Ebionaei se trouve pour la première fois dans IRENEE, I, xxvi, 2, etc. Les renseignements donnés ici proviennent d’ORIGÈNE, De principiis, IV, xxii. Voy. les ouvrages cités sur I, vii, 14, et A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte Leipzig, 1888, 2e éd., t. I, p. 244 suiv. xxviii, 2 ἐν γάμ ἑορῆ les traductions latine et syriaque supposent ἐν γάμου ἑορῇ; M. Schwartz pense que cette variante est une ancienne conjecture et qu’il y a une lacune. Mais cette fête nuptiale, qui doit durer mille ans, rappelle les fêtes de printemps qui ont lieu chez certains peuples WESTERMARCK, Origine du mariage dans l’espèce humaine, de VARIGNY, Paris, 1895, p. 29-34; elle n’en diffère que par la durée, comme il convient à un rêve apocalyptique. Voy. le sens de γάμοι dans la citation de Denys. — Cf. les descriptions de l’Apocalypse, sur le règne millénaire, la Jérusalem nouvelle, les noces de l’Agneau, ch. xix-xxi. — 4 ἑαυοῦ πλάμαι par ces mots, Valois et Heinichen entendent un livre, que d’après Denys, Gérinthe aurait mis sous le nom de l’apôtre Jean. Gaïus dit tout autre chose. — 5 πλημοναῖ πλημονν mss. ; faute corrigée d’après le texte de VII, xxv, 3. xxix, 2 παραχᾶθαι ῇ αρκί la maxime est équivoque ; dans HERMAS, Sim., V, vii, 2, elle est prise dans un sens défavorable. xxx, 2 ν φιλάν faute du texte lu par Eusèbe ; μέχρι ν φιλάν, CLEMENT. xxxi, 3 οιχεῖα ce mot sert à désigner les constellations du zodiaque ou les sept planètes ; voy. la note de Valois, et II. DIELS, Elementum Leipzig, 1899, p. 44 suiv. et p. 53. — Ce passage est altéré. D’après M. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums, p. 484, il y a une énumération comprenant Philippe, deux filles de Philippe, une troisième, l’apôtre Jean. C’est ainsi que paraissait avoir compris déjà Valois. M. Schwartz entend par ἡ ἕερα l’une des deux filles mentionnées, et suppose qu’il y a une lacune. xxxii, 3 ὑπαικοῦ Ἀικοῦ ce gouverneur de Judée était consulaire, comme un de ses successeurs immédiats, Q. Pompeius Falco. On identifie cet Atticus avec le père d’Hérode Atticus. L’événement est placé en 107, par Eusèbe, dans sa chronique ; en 105, par le Chronicon paschale, qui d’ailleurs dérive d’Eusèbe. Voy. Shuerer, Geschichte des jüdischen Volkes, t. I, p. 645. — 7 κύει ABDM, κοί Ε, κοί R ; ὡ Β, om. mss. ; εἰ add. Schwartz ; φλευνν ABE, ἐμφλευνν R, ἐμφολευνν DM; wie in Finsternis verborgen waren » syr. ; in occultis et abditis hiatibus terrae delitescentibus, Rufin. — 8 ἐπεχείρουν ADMT1 syr. ; ἐπεχείρν; καὶ αῦα μὲν οὗο περὶ ούν διαλαβὼν ὧδέ π ἔλεξεν ἡμεῖ δὲ ἐπὶ ὰ ἑξῆ ῆ ἱορία ὁδ προβαίνονε ἴμεν BERT2; sed istud bellum intrinsecus gerebatur, Rufin. xxxiii, 3 πρὸ ὸ ὴν ἐπιήμην αὐν διαφυλάειν est à peu près inintelligible ; TERTULLIEN coetus antelucanos ad canendum Christo ut Deo et ad confoederandum disciplinam, homicidium, etc.. prohibentes. — ἐμπεν δὲ κολάζεθαι oblatos uero puniri, TERTULLIEN. xxvi, 2 καὶ αὐὸ ἐπίκοπο BDER ajoutent ἀνὴρ ὰ πάνα ὅι μάλια λογιώαο καὶ ῆ γραφῆ εἰδήμν. Cette interpolation, dénoncée par Valois, est défendue à tort par Heinichen. — 4 ἐπιπολαζούα mss., syr. ἀναφυεία καὶ ἐπιπολαζούα À ; copiosius coeperant pullulare, Rufin. — 7 ὅ ἐίν...άγμα glose fort anciennement passée dans le texte. — 8 ύνομα mss., mss. d’Ignace ; υνμ syr. et trad. syr. d’Ign. ; acriores, Rufin ; ύνονα conjecture de Vossius, cité par Valois, qui remarque que ce dut être le texte lu par Rufin. — 11 cf. Luc, xxiv, 39 ; mais λάβεε, et la fin du logion, viennent d’ailleurs, de l’Évangile aux Hébreux d’après saint JEROME, De uiris inl., xvi p. 17, 24 RICHARDSON, et In Is., XVIII, prol. P. L., t. XXIV, col. 628. Mais Eusèbe connaissait cet apocryphe. La dernière partie se lisait aussi dans la Doctrine de Pierre ORIGENE, De principiis, praef., 8 ; P. G., t. XI, col. 119 C.Cf. RESCH, Agraphia Leipzig, 1889, p. 411, apokryphon 41.— 13 Eusèbe a quelques leçons différentes du texte donné par le ms. de la lettre ; il omet, après πειθαρχεῖν, λγ ῆ δικαιούνη; noter de plus ἀκεῖν ὑπομένειν POL. ; λοιποῖ d’accord avec la vieille trad. lat. ἄλλοι POL. xxxiii, 3 δυνάμει ἐνήργουν voy. H. WEINEL, Die Wirkungen des Geistes und der Geister im nachaposiolischen Zeitalter bis auf Irenaeus ; Fribourg-en-Brisgau, 1899. xxxviii, 1. Cette liste des citations de l’Épitre aux Hébreux, dans Clément de Rome, est empruntée à M. Schwartz ; elle est d’ailleurs incomplète. Voy. la table de la grande édition des Pères apostoliques par FUNK 1901, p. 645, et surtout The New Testament in the Apostolic fathers, by a committee of the Oxford society of historical theology Oxford, 1905, p. 44 suiv. xxxix, 1 ἐξηγήε Eusèbe ; JEROME, De uiris, xvm explanatio ; ἐξηγήει M. — 4 Ἀριίν le syr. suppose partout Aristôn. — 15 ὃ mss., und » syr., om. Rufin ; le sujet dans les deux traductions se trouve donc être Marc. — λογίν λγν AT1. —16 λογία mss., das Evangelium » syr., om. Rufin. — υνεάξαο υνεγράψαο AM. — 17 ἐπιεηρήθ ἐπιεηρήθ ἀμφὶ δὲ ὸ δδέκαον ἔο ῆ ραϊανοῦ βαιλεία .
l'essentiel Le cimetière Saint-Dalmaze à Cagnac-les-Mines est aujourd'hui au centre de toutes les attentions. Les dernières recherches des enquêteurs se sont concentrées dans ce secteur proche du domicile des Jubillar et à la topologie complexe, que Cédric, l'époux de Delphine qui fait figure de principal suspect, connaît particulièrement bien. Les dernières recherches des gendarmes et militaires mobilisés, fin juin, pour retrouver le corps de Delphine Jubillar, cette infirmière tarnaise de 34 ans, disparue en décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, se sont concentrées autour du cimetière de la commune. Le site et ses alentours suscitent à nouveau l’intérêt des enquêteurs pour plusieurs raisons. D’abord, parce que cette zone se situe dans un périmètre de 2 km autour de la maison familiale des Jubillar, à Cagnac-les-Mines, qui correspond aux derniers bornages du téléphone portable, toujours introuvable, de l’infirmière. Ensuite, parce qu’autour de ce cimetière, non loin des panneaux photovoltaïques, se trouvent de nombreuses cavités et puits, héritage de l’ancien bassin minier, qui pourraient avoir échappé à tout recensement municipal. Une zone déjà fouillée par les enquêteurs mais qui n'a peut-être pas encore révélé tous ses secrets. A lire aussi Affaire Jubillar les enquêteurs peuvent-ils faire ouvrir des tombes au cimetière de Cagnac-les-Mines ? Cédric Jubillar, familier des lieux Enfin, le cimetière de Saint-Dalmaze est loin d’être un lieu inconnu pour Cédric Jubillar, le mari de Delphine, qui est aujourd'hui le principal suspect dans cette affaire. Trois mois après la disparition de l'infirmière, en mars 2021, une de ses amies avait poussé le peintre plaquiste à participer avec elle à des recherches autour du cimetière. Ce dernier lui avait montré les joints des tombes et avait ouvert le tiroir d'une d'entre elles. "J'en ai parlé à l'époque aux enquêteurs", explique-t-elle à La Dépêche du Midi. Elle a été réentendue en février dernier. En mai 2021, soit quelques semaines avant son interpellation et sa mise en examen pour "homicide volontaire par conjoint", Cédric Jubillar s'était à nouveau rendu au cimetière Saint-Dalmaze, cette fois en compagnie d’un proche, pour lui faire la démonstration qu’il y a “plein d’endroits pour cacher un corps”. Il faisait alors référence à une petite structure en béton complètement défoncée, au cœur de ce cimetière et sous laquelle, selon lui, on pouvait avoir enfoui le corps de Delphine. “En parcourant ce cimetière, il voulait indiquer des pistes parmi d’autres”, se souvient ce proche avec lequel le peintre plaquiste a parcouru les allées bordées de pierres tombales. Ces éléments ont été portés à la connaissance des gendarmes depuis l’année dernière. A lire aussi Affaire Jubillar les drones de la gendarmerie survolent le secteur du cimetière de Cagnac-les-Mines Faire ouvrir les tombes ? Les enquêteurs, aidés de chiens spécialisés, ont arpenté à leur tour le cimetière. Mais sans succès. Dernièrement, l’insistance d’un radiesthésiste auprès de la gendarmerie, persuadé, d’après ses propres recherches, que le corps de l’infirmière disparue se trouve sous une tombe clairement identifiée, ne fait qu’accentuer ce regain d’intérêt pour un lieu, qui, par définition, semble le plus approprié pour cacher une dépouille. Ce radiesthésiste, un policier à la retraite originaire de Blaye-les-Mines, dit avoir commencé ses recherches en février dernier et pointe une tombe qui ne semble pas scellée, la seule du cimetière où poussent des fleurs tout autour. Reste à savoir si les deux juges d’instruction en charge du dossier, après avoir épuisé les autres pistes, donneront leur accord pour faire ouvrir des tombes. A lire aussi VIDEO. Disparition de Delphine Jubillar son mari Cédric reste en prison
l'essentiel Un homme de 64 ans déclaré mort par un médecin du SEM à Tarragone en Catalogne a été retrouvé vivant par le service funéraire. La victime présentait en fait des difficultés respiratoires. Digne d'un scénario de film. Un homme de Tarragone en Catalogne a été retrouvé vivant par les agents de la morgue. Selon El Periodico, il avait été déclaré mort quelques instants avant par un médecin du SEM, le service d'urgence médicale. Aucune tentative de réanimation Peu de temps avant la découverte, le SEM avait été appelé pour prendre en charge un homme retrouvé inconscient à son domicile. Arrivé sur les lieux, le médecin n'a fait que constater le décès de l'homme de 64 ans aux antécédents d'alcoolisme sans tenter aucun geste de réanimation. Transporté à la morgue, le service funéraire a découvert avec stupeur que la victime...était en fait encore vivante ! L'homme présentait des difficultés respiratoires mais n'avait rien d'un macchabée. Le personnel a alors réussi à stabiliser le patient qui a été transporté à l'hôpital. Une procédure informative a été ouverte. Si une plainte est déposée, une enquête sera engagée.
Paroles de la chanson Le Revenant par Georges Brassens Calme, confortable, officiel, En un mot résidentiel, Tel était le cimetière où Cet imbécile avait son trou. Comme il ne reconnaissait pas Le bien-fondé de son trépas, L'a voulu faire - aberration ! - Sa petite résurrection. Les vieux morts, les vieux "ici-gît", Les braves sépulcres blanchis, Insistèrent pour qu'il revînt Sur sa décision mais en vain. L'ayant astiquée, il remit Sur pied sa vieille anatomie, Et tout pimpant, tout satisfait, Prit la clef du champ de navets. Chez lui s'en étant revenu, Son chien ne l'a pas reconnu Et lui croque en deux coups de dents Un des os les plus importants. En guise de consolation, Pensa faire une libation, Boire un coup de vin généreux, Mais tous ses tonneaux sonnaient creux. Quand dans l'alcôve il est entré Embrasser sa veuve éplorée, Il jugea d'un simple coup d'?il Qu'elle ne portait plus son deuil. Il la trouve se réchauffant Avec un salaud de vivant, Alors chancelant dans sa foi Mourut une seconde fois. La commère au potron-minet Ramassa les os qui traînaient Et pour une bouchée de pain Les vendit à des carabins. Et, depuis lors, ce macchabée, Dans l'amphithéâtre tombé, Malheureux, poussiéreux, transi, Chante "Ah ! ce qu'on s'emmerde ici" !
I. — LES JUIFS. De toutes les entreprises dirigées contre Dieu, il n'en est pas de plus odieuse et de plus ridicule que la prétention des Juifs à le représenter sur terre. Un seul Dieu, le nôtre ; un seul temple, le nôtre ; un seul peuple, le nôtre, voilà toute la religion des Juifs. On s'explique qu'avec une telle foi, exclusive de tout le reste de l'humanité, les Juifs n'aient jamais pu trouver le chemin du cœur, et que, pour les admettre dans la grande famille sociale, on ait été si souvent obligé d'en appeler de l'instinct à la raison, et du préjugé à la justice. Dieu a fait la terre pour les hommes, et comme elle est toute petite en comparaison de lui, ils se sont rencontrés dès les premiers jours. Pour des sauvages, se rencontrer, c'est se battre. Pour les gens civilisés, se battre, c'est se fondre. Les nations se forment de peuplades fatiguées d'être tribus, de tribus lasses d*être familles. Emportées par un mouvement dont nous ne percevons que les effets, elles capitulent selon la loi du plus fort, les unes s'affaiblissant par la victoire, les autres se fortifiant par la défaite, car il n'est pas de règle en ces hautes matières. Entre tous les peuples anciens dont l'histoire nous intéresse ou nous éblouit, un seul nous inquiète et nous étonne c'est le juif. Le mystère de ses origines est pour peu dans le sentiment de curiosité qu'il nous cause. Il n'importe qu'il vienne de Crète, de l'Inde, de la feue Atlantide ou de plus loin encore. Ce qui nous frappe, absolument comme dans un animal, c'est la faculté qu'il a de se hérisser, de se mettre en boule, et de rouler toujours sans s'user jamais. Avec cela, un pouvoir inouï de résistance et d'envahissement ; c'est là dureté du kyste combinée avec l'avidité du cancer. Presque toujours vaincus sauf quand ils combattent contre eux-mêmes, esclaves ou maîtres, le plus souvent parasites, quelquefois exportés tout entiers comme une cargaison de chair et d'os, ruinés chez eux, ruinant les autres, en quelque état que la fortune les ait mis, les Juifs font carrière dans l'exil et fortune dans la misère. On les opprime, on ne les comprime pas. On les écrase, on ne les détruit pas ; on les humilie, on ne les abaisse pas ; même quand on les dépouille, on ne les appauvrit pas. Et ce serait un spectacle étrangement beau que l'histoire des Juifs, si l'on y pouvait découvrir une seule page je ne dirai pas d'amour, mais de considération pour les autres hommes. Ils ont répandu autour d'eux une telle semence de haine que cette semence germe encore après trente siècles écoulés. Les Grecs sont les premiers qui aient essayé de les réduire autrement que par les armes. Toutefois il leur fallut longtemps pour monter jusqu'à la Ville Sainte où était l'âme des Juifs, enfermée dans le Temple et dans la Loi. On les vit d'abord dans les colonies d'Alexandre comme Pella, Mygdonie, Piérie, Gérasa, Dium, mais la Galilée leur resta close. Lorsque la domination de Rome se fît sentir dans l'Orient, l'influence grecque diminua politiquement, mais elle avait déjà pénétré la langue, malgré la réaction des synagogues. Un peu delà pensée hellénique, plus claire, plus douce,, se glissait dans ces têtes aussi dures que la dure assiette du Temple. Il y eut d'heureux scandales un grand prêtre helléniste ; un autre encore ; une citadelle grecque en face de Sion, avec Jupiter Olympien dans le temple ; puis, malgré les Macchabées, des monnaies judéo-grecques, et, malgré le vieux parti pharisien, une certaine détente d'idées et de mœurs, la joie du boire, du manger et du reste montrant le nez dans des livres à demi sacrés comme l'Ecclésiaste. Lorsque la traduction en grec des livres dits saints fut décidée, il se trouva dans chaque tribu six hommes sachant assez la langue pour faire ce travail difficile. Le courant était devenu assez fort, un siècle avant Tibère, pour donner la couleur hellène à une société religieuse d'origine juive, celle des Esséniens. Il semble qu'on y ait enseigné le grec, puisque l'historien Josèphe fut leur disciple pendant trois ans et qu'il les quitta parlant cette langue et l'écrivant comme la maternelle. Semblables pour les mœurs aux caloyers des Iles ioniennes, les Esséniens avaient mis la mer Morte entre Jérusalem et eux, vivant du travail commun dans une commune discipline, pacifique confrérie d'environ quatre mille individus dont on ne soupçonnerait même pas l'existence si deux Juifs hellènes, Josèphe et Philon, et Pline, Romain trempé d'hellénisme, ne nous en avaient curieusement parlé Josèphe, avec une certaine reconnaissance[1]. Les Juifs d'Egypte, les Alexandrins surtout, sans cesser d'être Juifs étaient moins farouches que ceux de Jérusalem. Ceux-ci, par contre, s'étaient rejetés au fond du pharisaïsme, prétendant détenir le secret des textes hébreux, revendiquant le monopole des interprétations vraies, s'indignant au dedans d'eux-mêmes que ceux d'Alexandrie s'ingérassent d'en discuter, de les révéler dans une langue impie. Sans doute, lorsque les Juifs d'Alexandrie venaient au Temple adorer le vrai Dieu, les mains pleines de présents, ils étaient accueillis comme des frères, mais comme des cadets qui ne doivent parler qu,après les aînés, et plus bas, à la table de famille. II. — L'ESPÉRANCE D'ISRAËL. Je n'ai point à chercher si l'exécration encourue par les Juifs — c'est le mot d'Isaïe — a des causes ethniques[2]. Mais j'ai à chercher si elle en a de religieuses, et j'en trouve une qui rentre dans mon sujet, car elle appartient à l'histoire c'est l'idée de la prédestination des Juifs à gouverner le monde. Cette idée se traduit au dehors et au dedans par cette formule très simple Dieu nous a faits maîtres des hommes, et il le prouvera un jour par son Christ. L'idée christienne a varié avec les temps. Elle a été plus ou moins aiguë, plus ou moins lancinante pour quelques-uns, minorité infime, ère de réparation, mais tellement sûre que les païens eux-mêmes y sont tolérés après circoncision ; pour la plupart, ère vengeresse où le Juif tient tous les autres hommes sous le talon. La personne du Christ est souvent absente ; Dieu n'a pas besoin de Messie, il fait ses affaires lui-même. Seul son Jugement est certain, jugement fait d'avance, dicté par les prophètes et tout entier en faveur des Juifs, à part quelques apostats et quelques impies équitablement précipités dans l'enfer. Petit à petit, l'idée prend corps dans un envoyé de Dieu qui détient pour plus ou moins de temps, avec des attributions plus ou moins étendues, une parcelle du pouvoir divin, puis grandit dans les imaginations surchauffées, occupe toute la terre et tout le ciel, cachant un peu Iahvé par sa stature colossale. Tout Juif portait en lui l'idée christienne comme en vase clos. Au point où elle était sous Auguste, il ne restait plus qu'à régler protocolairement la réception du Messie in persona et specie. Il était d'autant plus -attendu qu'il était nécessaire. Qu'un Messie dût venir, pas un Juif n'en doutait. Mais sous quelle forme, avec quels pouvoirs, à quelle époque et pour combien de temps ? Autant de questions sur lesquelles on se divisait. Et comme toujours on revenait aux prophètes, divisés eux-mêmes sur son rôle et sur sa personne. Une fois venu, que fera-t-il ? Sera-t-il le Christ-Epée, le grand Messie régnant sur le monde enjuivé ? Sera-t-il un peu moins le Messie pratique qui commence par libérer le territoire, quitte à aviser ensuite ? Sera-t-il le Messie-Juge partial, bien entendu qu'a entrevu le Psalmiste ? Voilà sur quoi les Juifs pouvaient différer d'opinion selon leur tempérament ou leur éducation. Ce qu'il importe de savoir, c'est si, avant la confection du Jésus des Evangiles, ils avaient entrevu le Christ-Martyr, contraire à toutes leurs Ecritures, voire celles d'Isaïe, à toutes leurs espérances, à la définition même du Messie. Nulle part ce pis-aller n'eût été plus déplacé que parmi les Galiléens, chez qui s'incarnait l'idée d'intransigeance patriotique. Là il eût été non -seulement anormal, mais impie, injurieux. Un Messie-Martyr eût été un monstre, une Bête comme aucune Apocalypse n'en avait entrevu dans ses cauchemars les plus effroyables. Car, dans leur soif de puissance encore plus que de liberté, les Juifs étaient allés jusqu'à donner le nom de messie à un païen qui les avait servis. Dans Isaïe Iahvé appellera Cyrus son soldat et son christ, bien que Cyrus s'incline devant d'autres dieux ; mais il a obligé les fils d'Israël, il les a renvoyés dans leur maison, cela suffit Je te ceins, dit Iahvé, alors même que tu m'ignores ! Un Juif hardi pouvait donc réclamer pour lui, fils d'Israël ou de Juda, le nom que Iahvé avait donné à un païen par la bouche d'Isaïe, mais ce nom une fois pris, il fallait le mener à la victoire. C'est surtout pendant les occupations étrangères, les captivités, les servitudes que le christianisme s'exaspère. Lorsqu'avec Pompée, Rome s'établit sur la terre juive, la Louve fut une Bête nouvelle — la Bête de l'Apocalypse — dont les Juifs firent le tour avec une curiosité indignée. Les Écritures l'avaient prévue et annoncée, cette Bête vomie par l'Occident, mais il y a des choses qu'on ne croit qu'en les voyant. Toutes les autres Bêtes étaient venues d'Assyrie, de Macédoine ou d'Egypte on était habitué à leur poil et à leur cri, mais là vraiment, Bête nouvelle, Bête hérissée de crocs, de griffes, armée d'une gueule d'où sortait un bruit atroce, la langue des tribuns, des centurions et des aquilifères. Dans l'arsenal des docteurs et des scribes, aucun christ capable de lutter contre cette Bête-là, contre ce Dragon de pourpre et de fer dont la queue s'appuyait sur la pointe des îles britanniques. Des trois sectes qui se partageaient la Judée, deux sont avant tout des partis politiques. Nous défalquons les Esséniens qui, vivant reclus, peu nombreux en somme et plus vénérés que puissants, goûtent, au milieu des pires tourmentes juives, les douceurs de la vie agreste et de la retraite volontaire. Les Saducéens sont un clan de grandes familles, une caste plutôt qu'une secte. Tout leur est bon, le grec et le romain, pourvu qu'ils soient aux places, et que, faisant le sanhédrin, ils le gouvernent. Juifs d'abord, cela est évident, mais de sentiment patricien, étrangers au peuple et cherchant secours n'importe où pour posséder, conserver et conduire. Les Romains trouvèrent en eux des hommes tout prêts à partager les profits et à contenir par en haut ces bourgeois de Pharisiens qui d'en bas, appuyés sur la masse, montaient à Tassant des charges et gagnaient chaque année quelques échelons. Certains de ces Pharisiens, plongeant dans le peuple par les racines, avaient fini par se nouer avec lui, épousant ses haines, compatissant à ses misères, s'enfonçant en terre juive profondément pour y pomper quelque sève inconnue. Les Pharisiens, qui professaient l'idéal patriotique de toute la nation, se fussent contentés d'un messie davidique, d'un descendant quelconque de ce Napoléon juif à qui Iahvé avait fait de si magnifiques promesses. Un héros guerrier qui ne pactisât point avec Rome eût suffi à toutes leurs ambitions, et même ils lui eussent pardonné quelques-uns des vices d'Hérode pourvu que sa filiation fût régulièrement établie. Voilà le messie qu'attendaient la plupart des Juifs messie capable de plusieurs choses réservées à Iahvé. Le Dieu des Juifs n'avait certainement pas son compte dans ce messie-là, mais les Pharisiens y eussent trouvé le leur. Ils n'en entrevoyaient pas d'autre qui pût leur rendre le gouvernement du Temple passé aux Saducéens. Que d'horribles visions Rome avait réveillées ! Le Temple pillé sous Antiochus Epiphane, les sacrifices abolis pendant plus de trois ans, la circoncision défendue, et, chose pire que tout, la plus impure des bêtes, le pourceau sacrifié sur l'autel au lieu de l'agneau sans tache ; un second Temple bâti dans Héliopolis, comme s'il y avait deux Iahvé, deux peuples juifs ! Jérusalem assiégée de nouveau sous Hircan, cet Hircan obligé de violer la tombe de David qui contenait trois mille talents pour en donner trois cents à Antiochus, et achetant le salut de la ville au prix d'un sacrilège ; Pompée emportant le Temple d'assaut, les sacrificateurs immolés en vaquant aux choses saintes ; les barbares pénétrant dans le Saint des Saints, violant Dieu ; le chandelier, les lampes, la table d'or, les vaisseaux d'or pour les encensements, les parfums, le trésor sacré, souillés par leurs regards profanes ; tout l'or du Temple, avec les deux mille talents que Pompée n'aVait pas pris, enlevé par Crassus ; Jérusalem assiégée de nouveau par Félix, puis par Antigone, prétendant assisté des barbares, et cette fois, la bataille livrée en plein marché, le camp ennemi posé en plein Temple, la ville occupée par les Parthes ! Pour comble de misère, Jérusalem assiégée par Hérode pendant cinq mois avec l'appui des Romains ; le roi de Judée obligé de conquérir sa capitale sur d'autres Juifs, puis de défendre le Temple contre l'indiscrète badauderie des troupes romaines associées à sa victoire ! Enfin ne suffisait-il pas d'avoir des yeux pour comprendre qu'Hérode, le dernier roi qui méritât ce titre, n'avait pu constituer son royaume que par la grâce d'Auguste succédant à celle d'Antoine ? La Judée ne se survivait à elle-même que par la pitié des Romains. III. — LE REFUGE DU FANATISME. Blessé par ces spectacles offensants, le fanatisme s'était réfugié soit en Galilée, la vieille Terre promise, la terre de lait et de miel, la terre de vin et d'huile, le Jardin et le Grenier de la Judée, soit dans les districts forestiers de TransJordanie. Vaillants, batailleurs même, ici bateliers habiles, là rudes bûcherons, les Galiléens étaient bien près de considérer le Carmel, qui avait été à eux avant d'être aux Tyriens, et le Basan, le Basan surtout, comme leurs montagnes saintes, rivales du Garizim samaritain et de Sion. Supportant mal les limites que la politique leur avait assignées, ils aimaient à franchir celles que la nature leur dessinait entre la Phénicie qui leur cachait la mer, les montagnes qui leur barraient la Syrie, le Grand Champ qui les séparait de la Samarie, le lac de Génézareth et le Jourdain qui les baignaient à l'orient. L'idée messianique flambait en Galilée, l'attaque et la fuite étant plus faciles à cause de la montagne au nord, et du désert à l'est. Jamais de révolte au sud, serré entre les légions de Césarée et celles d'Egypte, point de refuge dans les villes du littoral toutes grecques ou toutes phéniciennes et qui avaient l'horreur du Juif ; l'émeute gronde toujours dans le pays adossé aux cavernes et aux forêts du Liban, et qui s'ouvre à l'Orient sur l'immensité du désert. Le bûcheron avec sa cognée, le pêcheur avec sa rame, le moissonneur avec sa faux, voilà les soldats de l'idée ; leur cœur se soulève quand une cuirasse romaine fait une lueur de cuivre sur le fond vert des oliviers. La grande voie qui monte vers Damas traverse le pays avec sa cohue de marchands païens où qu'on se tourne, c'est Satan qui passe. Il n'y a pas là que des paysans exaltés. La Galilée n'avait point cessé d'être un repaire de brigands, toujours bien armés de belles armes qu'on trempait au Jourdain. Hérode qui très jeune en avait eu le gouvernement, du temps de César, avait fort agi contre eux, et laissé le souvenir d'un homme qui entendait mal la liberté du pillage. Et plus tard, la figure d'Hérode fut l'épouvantail des montagnards galiléens, un croquemitaine pour les enfants de cette gent émeutière et dévotieuse. C'est en Galilée qu'Hérode avait grandi dans l'esprit des Juifs et s'était insinué dans la confiance des Romains, allant au-devant du tribut par des cadeaux, achetant la couronne sur les produits de la contrée. C'est par la Galilée qu'il rentra en Palestine, quand de Rome il revint roi. Il retrouva les mêmes hommes de caverne, à qui l'air de l'indépendance semblait aussi important qu'à Hérode la couronne de Judée, bandits luttant à force ouverte contre tout le monde Romains, Tyriens, Séphoritains et Galiléens de plat pays, rebelles à tous et souvent à leurs chefs, escarpés comme leurs montagnes, altiers comme leurs cèdres il n'eut raison de ces troglodytes qu'en les murant ou en les faisant cuire. Tandis que le Temple, reconstruit par lui en la quinzième année de son règne, veillait de loin sur la religion de Moïse, il semblait, à voir les villes nouvelles et leurs monuments païens, que Jérusalem fût vouée à Auguste et la Judée au Sénat. Les vieux noms hébreux s'effaçaient de la carte et des plans ce n'étaient que Césaréon, Agrippion, Sébaste, Césarée à Sébaste un temple d'Auguste s'éleva ; à Panéas, un autre tout de marbre blanc, d'autres encore la Tour de Straton, hier rade ouverte et battue par les vents d'Afrique, devient, sous le nom de Césarée, un Pirée juif, avec un peu de la splendeur romaine, des statues d'Auguste et de Rome, un théâtre, un amphithéâtre, une ville neuve où Israël se cogne dans Rome et culbute dans Athènes. Magnifique, voire au dehors, Hérode avait comme redoré le blason juif dans les îles, dans les grandes villes de Syrie, de Grèce même. En mourant il laissera aux Juifs le souvenir d'un roi tolérant pour les païens, aux Galiléens celui d'un tyran monstrueux et, qui sait ? capable de trahir Sion pour le Palatin. Superbe en tout même en forfaits, aïeul de Barbe-Bleue, avec les neuf femmes qu'il eut, fécond en assassinats, personne ne fut plus criminel envers ses enfants, personne n'eut d'enfants plus criminels envers leur père et envers eux-mêmes. Par le père, par les enfants, par les serviteurs, la famille d'Hérode fut l'école de toutes les cruautés. La fameuse prophétie de Jacob Le sceptre ne se départira point de Juda, ni le Législateur Moïse, image de la Loi d'entre ses pieds jusqu'à ce que le Scilo Christ vienne, avait reçu des démentis répétés. Depuis la captivité de Babylone, il n'y avait eu de Juda que Zorobabel après quoi, sceptre et Loi, tout était allé de mal en pis pour la tribu qui pourtant avait absorbé toutes les autres dans le grand nom de Judée. Le sceptre et la Loi s'étaient départis de Juda pour passer aux Asmonéens et aux Iduméens, on allait voir les Romains réclamer le serment et l'impôt. Et le Scilo ne tenait pas ! Il était temps que Iahvé suscitât un messie qui fit cesser cette abomination. C'était bien le moins qu'avant de régner sur les autres hommes le Messie qu'on pourrait appeler constitutionnel, commençât par délivrer les Juifs des Hérodiens et des Romains. On se fût contenté de celui qui aurait commencé par là, un messie libérateur du territoire, Hérode n'étant au fond qu'un préposé de la puissance romaine, vivant à la romaine, le plus souvent hors de Jérusalem ou dans des villes façonnées à la romaine, avec des théâtres et des cirques. Les Juifs, qui avaient le sentiment national, regardaient ce roi nominal comme un vendu, un fermier-général couronné, un roi-publicain. Il y eut de la poussière messianique au-dessus du Jourdain on en était comme aveuglé. Chacun put espérer se faire roi-prophète pour commencer. Pour détourner les prophéties de leur sens, il suffisait d'en effacer la date. Alors elles revivaient, rajeunissaient. Les plus vieilles, n'ayant plus d'âge, redevenaient fraîches, dataient d'hier, bonnes pour aujourd'hui et pour demain. Point de Juif de basse naissance qui n'y pût trouver une phrase pour lui, passer ainsi de la charrue à l'épée, sauter de l'étable au palais. Un berger, un gardeur de moutons pouvait, sans ridicule, jeter son bâton au vent et lever des hommes pour assaillir le trône vacant de David. Il y avait toujours dans le village de petits prophètes assez grands pour lui trouver les signes et le proclamer Oint. Messie d'occasion, l'occasion en débarrassait la terre. Coq de village, il perdait la crête au village voisin où se levait un autre messie combats de coqs. Le pauvre messie, les yeux crevés, les pattes en sang, gisait devant la haie qui donnait de l'ombre à ses bêtes. IV. — JEHOUDDA LE GAULONITE. En ces temps désespérés, Auguste étant maître du monde, un homme de la tribu de Lévi, nommé Jehoudda eut des Révélations. Il était du même sang qu'Abia, fils de Samuel, et, d'autre part, il descendait du roi David. Juif complet, il pouvait prétendre à la grande-prêtrise et à la couronne. Né dans un bourg de Gaulanitide, Gamala, nid de vautours haut perché sur la rive orientale du lac de Génézareth, il avait grandi sous Hérode, sa famille avait souffert d'Hérode, gouverneur de la Galilée, elle souffrit d'Hérode, roi de Judée, elle souffrira de tous les fils d'Hérode l'ennemi, ce n'était pas seulement César, c'était Hérode, l'esclave iduméen affranchi par Rome. Ces Iduméens n'avaient embrassé le judaïsme que par force sous Hircan c'étaient des profanes et des usurpateurs. On a accusé Antipas, père d'Hérode, d'avoir adoré Apollon dans Ascalon. Iahvé retirait sa main de son peuple, et il semblait que, condamnant tous les prophètes qui promettaient aux Juifs l'empire du monde, il n'écoutât plus que la voix de Balaam, ce misérable devin de Chaldée. Une fureur jalouse s'alluma dans le cœur de Jehoudda lorsque, crevant les murs du vieux Temple, Hérode édifia le Iahvé-Palace qui fit l'admiration de tous les Juifs jusqu'à la chute de Jérusalem. Jadis face à l'orient, l'entrée était maintenant au sud, tournée vers le pays natal d'Hérode. Israël passait après Edom. La terrasse orientale, l'aire sacrée sur laquelle s'élevait le Portique de Salomon, c'était maintenant la Cour des Gentils. Les païens foulant aux pieds la terrasse par où le soleil entrait dans le Temple, quelle impiété ! Plan, élévation, contenance, tout cela était dans Ezéchiel ; de quel droit, changeant le sens de la construction, l'iduméen faisait-il de l'entrée principale une porte de côté, de l'aire aux Juifs une cour de Goym ? Moïse avait tourné le tabernacle vers l'orient, afin qu'à son lever la gloire du Seigneur y lançât ses premiers rayons ; Hérode avait trahi la Loi en le plaçant face au sud, et les prêtres avaient laissé faire ! Au lieu de présenter la figure à l'occident pour adorer, comme le voulait Ezéchiel, on allait la présenter au nord. Ce jour-là, le Seigneur devint, comme dit l'Évangile, la pierre que les bâtisseurs ont rejetée, et le Temple hérodien fut la maison maudite sur laquelle il avait à venger l'affront qui lui était fait. V. — LA RÉVÉLATION DU VERBE-CORPS. Evincé du trône et de l'autel par Hérode, entraîné par les doctrines d'un certain Joshua ben Peraia, dont on ne sait rien sinon qu'il était versé dans toutes sortes de kabbales[3], Jehoudda chercha le sens secret des Ecritures juives, le sens de derrière la lettre, celui qui échappait aux Saducéens ou que les Saducéens ne voulaient pas voir. A côté de la Loi, des Prophètes et de quelques livres historiques, comme les Rois, il y avait des livres hermétiques, joanniques, des livres d'initiation à certains mystères des Écritures. Ce sont les Livres d'Ieou ou Iaô[4], c'est-à-dire les Révélations d'Iaô à ses Iaôannès — d'où est venu le nom de Joannès — depuis le commencement du monde, avant et après le déluge. Ces livres avaient été faits à l'imitation des livres chaldéens de même nature, avec cette différence que toutes les Révélations d'Iaôannès étaient à l'avantage des Juifs, et on ne les conçoit point autrement. Jamblique parle de vingt mille discours placés sous le nom d'Hermès ! Les Juifs n'en avaient mis que deux ou trois sous le nom d'Iaôannès. C'était peu, mais grâce à leur industrie, tout le christianisme en est sorti. Dans tous ces Livres même définition de Ieou, la lumière universelle, qui deviendra Iaou, Iahvé, Iaoua, Jehovah ; même définition de son Fils, le Théanthrope solaire, qui deviendra le Fils de l'homme de l'Apocalypse et le Jésus de l'Evangile. Tout ce que le Verbe dira dans l'Apocalypse Je suis le commencement, le milieu et la fin ; je suis celui qui est, qui a été, qui sera ; je suis l'Aleph et le Thav l'Alpha et l'Oméga des traductions grecques, vient des Livres de Iâo. Le Joannès de l'Apocalypse n'a fait que transcrire sur le papyrus ce que les ouvriers égyptiens stylés par les prêtres avaient partout gravé dans la pierre. Les variations du Quatrième Évangile sur le Verbe procèdent de ces formules éternelles[5]. Sur les stèles, le Soleil est le Premier-né, le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu. Sur une muraille du temple de Philœ, sur la porte du Temple de Medinet-Abou, on lit, tracée quinze siècles avant Jehoudda, la définition du Verbe par le Quatrième Évangile C'est lui qui a fait tout ce qui est, et rien n'a été fait sans lui jamais[6]. Quoi de plus clair que cette définition, et comment ne pas voir immédiatement dans Jésus la personnification allégorique du Théanthrope solaire ? A qui les scribes essaient-ils de faire croire que Jésus est la véritable lumière qui éclaire tout homme venant au monde, que ce monde même a été créé par lui, s'il n'est lui-même le Verbe incarné ? Je m'adresse aux gens de sens rassis et je leur demande s'ils pensent qu'un Juif ait paru sous Tibère, disant de lui-même Je suis la lumière et la vie, sans que les autres Juifs engagés dans cette solennelle proposition n'aient immédiatement compris que ce personnage était descendu tout exprès du ciel pour la démontrer par des miracles allégoriques. Appuyé sur la vieille cosmogonie chaldéenne, sur l'astrologie et sur les Ecritures, Jehoudda codifia en quelque sorte la superstition du Christ céleste. Que le Christ fût un Verbe-corps, on n'en saurait douter quand on le voit converser dans le Paradis terrestre avec Adam et Eve, avec Caïn, avant, pendant, après le déluge, avec Noé, avec Abraham, avec Moïse et avec tous les prophètes. Que l'homme fût à sa ressemblance, on en pouvait douter quand on regardait un païen, mais on en était sûr quand on regardait un Juif. Moïse a vu quelqu'un et qui lui a parlé. Le Père ? Non. Qui eût commandé au monde pendant que le Père parlait à Moïse ? Mais le Verbe du Père. Et le Verbe est de chair puisque le Père est vivant. Sa chair est de feu, comme celle du Père. A la fois corps et feu, Homme de feu en un mot. Jehoudda le vit assez distinctement pour décrire sa forme, sa figure, ses vêtements, ses outils et ses armes[7]. Entre Juifs on l'appelait le Fils de l'homme comme s'il était de la famille, et en effet il en était le chef. Ces idées nous étonnent, nous avons peine à croire qu'il se soit trouvé des mortels pour les professer. S'ils pouvaient revivre, c'est nous qui les étonnerions. Dieu est chair ab æterno ! s'écrie Apollinaris, au quatrième siècle. Et Rien n'est uni à Dieu comme la chair du Christ ![8] Il est distinct du Père, puisqu'il est son Fils, et bi-sexuel, puisqu'Adam, formé à son image, était mâle et femelle[9]. Sans doute Adam n'était pas de la même substance, puisqu'il y a en lui de la terre et de Peau, mais il avait été créé immortel et il vivrait encore, s'il n'avait point écouté Satan. Le Christ peut refaire ce qu'ont défait Adam-Eve et Satan. Le Père n'a qu'à le lui commander, et il rendra l'immortalité aux Juifs. VI. — LE MILLÉNARISME. A l'instar des Mages Jehoudda estimait que Dieu avait divisé son Œuvre en Douze Cycles millénaires divisés eux-mêmes en deux groupes de six mille ans, — l'un avant, l'autre après la création de l'homme, — de manière que la consommation de l'Œuvre, l'homme compris, fût renfermée dans les Douze Cycles. Jehoudda n'inventait rien. Il empruntait ses grandes lignes aux Genèses chaldéennes. Celle des Hébreux n'en est qu'une version plus ou moins fidèle. Ces thèmes de Création et de Consommation admettent que la Genèse a pris six jours, et que dans ce calcul mille ans sont comme un jour et un jour comme mille ans. Ayant été créé le sixième jour, Adam représentait à lui seul le septième Mille, et il aurait vécu éternellement si sa moitié féminine, séparée de lui par Dieu, n'avait pas cédé au Serpent faute irréparable qui avait amené Dieu d'abord à chasser le couple du Ciel-sur-terre ou Paradis terrestre, et ensuite à noyer ce Paradis dans le déluge. L'Arbre de l'Eden était éternel, et c'est pour avoir mangé de son fruit qu'Adam n'avait pas atteint mille ans. Le jour où tu en mangeras, tu mourras, lui avait dit Dieu. Ainsi l'entend Isaïe lorsqu'il prédit un ciel nouveau, une terre nouvelle et le retour des jours de l'Arbre les jours de mon peuple seront comme ceux de l'Arbre, des jours de mille ans[10]. La Juive que, moins d'un siècle après la mort de Jehoudda, Juvénal décrira lisant dans les lignes de la main, interprète de l'Arbre, dit-il, c'est la millénariste du pavé de Rome sous Domitien. Certains Psaumes de David s'inspirent de la même théorie[11], point de départ de tout le christianisme. L'Eglise a rejeté du canon la Lettre de Barnabé d'où il résulte que le millénarisme était la doctrine dominante des temps apostoliques, mais nous avons mieux que la lettre de Barnabé ; dans l'Apocalypse nous avons le manifeste des apôtres, et la Lettre de Pierre est d'un millénariste imbu de la tradition jehouddique. Sur les six premiers Mille correspondant aux six premiers jours, tous étaient d'accord, même ceux qui assignaient treize, quatorze ou quinze mille ans à la durée du monde. En restant avec les Chaldéens et les Sabéens, Jehoudda s'enferme dans le cadre duodécimal qui lui est imparti par le cours du soleil à travers le Zodiaque douze signes, douze mois, douze cycles. Ces six mille ans avaient été des temps de lumière, gouvernés par les bons principes, et ils étaient représentés sur le Zodiaque par les signes du printemps et de l'été. Ils étaient dits Mille d'Ieou, ayant commencé avec l'Agneau, signe du passage, pesach ou pâque du Soleil dans notre hémisphère, et fini avec la Vierge, en englobant le Taureau, les Gémeaux, le Cancer et le Lion. C'est entre le sixième signe et le septième que le Monde avait commencé. Or les six Millenia assignés à ce Monde étaient en cours, gouvernés par les mauvais principes, ceux de l'automne et de l'hiver, et représentés sur le Zodiaque par la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Zachû Verseau et le Zib Poissons. Ils étaient dits Mille du Serpent ou de Satan. En effet, c'est entre la Vierge et la Balance que se trouve placé sur les sphères le vilain Serpent céleste, père des ténèbres, qui chaque année recommence ses méfaits et, chaque année aussi, s'enfuit vaincu quand le soleil passe sous l'Agneau, signe du Christ réparateur du mal du monde. Ce Serpent était fort chaldéen, car les Juifs ne se sont pas bornés à dépouiller leurs voisins de leur Dieu, ils les ont dépouillés de leur Diable. C'est Satan qui a tenté Eve, et qui momentanément a battu Dieu. Le ciel a eu avec la terre des relations directes qu'Adam a connues, mais que sa faute a interrompues et le déluge brisées définitivement. Dieu renouera-t-il jamais ? Ce monde a déjà eu bien des aventures. De premiers cieux ont existé, et une première terre tirée de l'eau et se tenant par l'eau, grâce au Christ[12]. Ils ont fait naufrage sous l'effort de la cataracte diluvienne, et ils ont été remplacés parles cieux et la terre dont on jouit sous Hérode Dieu se propose de purifier cette terre par le feu et de la replacer dans la lumière originelle. Il n'a pas pu faire durable une Œuvre sur laquelle les Juifs ne règnent pas définitivement. C'est à recommencer. Ainsi ce qu'attendait Jehoudda, c'est un troisième Monde, une troisième terre surmontée d'un autre ciel, celui d'alors étant visiblement raté, puisque la lumière propre à Dieu ne le traversait pas d'une manière régulière et continue. On vivait sous un ciel qui gardait encore les traces des épreuves passées et portait la marque de puissances hostiles. Ce ciel, lui aussi, empêchait le Christ de revenir, c'était plus qu'un voile, c'était un obstacle. Car toute la voûte, c'est-à-dire la couche la plus rapprochée de la terre, était aux mains de Satan et de ses, anges qui faisaient un véritable abus de cette mitoyenneté contre les Juifs. Au-dessus du ciel de Satan il y en avait deux autres, stratifiés. L'un était occupé par l'armée de Dieu à laquelle commandait en chef le Christ-Verbe, entouré des Douze Cycles de Mille ans ou Apôtres[13], ayant sous leurs ordres Trente-six Chefs ou Décans[14], avec douze légions de douze mille anges chacune, formant ensemble Cent quarante-quatre mille puissances qui participaient de la divinité. L'autre, le troisième ciel, était plus spécialement affecté à Dieu, qui y avait son trône et son sanctuaire, et vivait là. Père de toute lumière, au milieu de Vingt-quatre Vieillards ou Presbytres qui représentaient les Vingt-quatre Heures de l'heureux temps où le jour était sans nuit. C'est là sa famille éternelle et son éternel ministère. Les Hébreux se rattachèrent à cette organisation par les douze tribus auxquelles président d'en haut les Douze Apôtres. Les Juifs de bon jugement reconnaissent volontiers qu'il n'y a jamais eu douze tribus[15], mais un certain nombre de clans placés sous la protection des douze signes. Le Père des Juifs, c'est Iahvé, père du Christ, Sujets de Iahvé, enfants du Verbe, par conséquent supérieurs par essence à toutes les nations, tels sont les Juifs dans la pensée créatrice, donc telle est la Loi. Qu'était-ce donc que l'Apocalypse de Jehoudda ? Celle de Jacob et de ses douze fils, celle de Joseph chez Pharaon. Joseph, cet accapareur de grâce et de grains, avait vu, dans une zodiacale vision, le Soleil, la Lune et onze étoiles qui l'adoraient, lui douzième. Qu'est-ce à dire, sinon que le ciel ne s'allumait que pour éclairer la marche des Juifs à travers le monde ? C'est de Joseph que Moïse et Aaron tiennent tout ce qu'ils savent. Toute leur Apocalypse, ce sont les Juifs sauvés sous l'Agneau, les païens détruits. Lisez l'Exode avec quelque attention[16], et si dépourvu que vous soyez de sens critique, vous verrez que la pâque juive n'est nullement une institution mosaïque, mais un signe de la prédestination. Au milieu des Égyptiens, les Israélites oubliaient leur vieille religion de Mésopotamie, et le sacrifice annuel de l'agneau, symbole du pacte d'éternité que Iahvé avait fait avec eux. La pâque est un rappel de l'Agneau, le signe astrologique sous lequel le Christ a donné le monde aux Hébreux. L'année ne commence le 15 nisan que par application de ce principe[17]. Ce jour-là le Seigneur passe, et ainsi repassera-t-il jusqu'à ce qu'il ne passe plus. C'est le passage du Seigneur et nullement celui de la Mer Rouge, on n'en est pas encore là. Le Seigneur passe la nuit du 14 au 15, et on la passe avec lui, bâton en main, comme des passants. L'agneau est blanc, les pains sont sans levain à cause de la pureté originelle ; la pâque dure sept jours parce que la Création en a pris sept. Ce n'est pas une fête de circonstance, c'est la fête du passé engageant l'avenir. Le mot pesach est chaldéen, comme nisan et les autres mois, comme Zachû Verseau, Zib Poissons et les autres signes, et comme est chaldéenne l'économie des Douze Cycles millénaires. Les deux Tables du témoignage que Iahvé donne à Moïse, il ne faut point les confondre avec les tables de la loi. Les deux Tables écrites des deux côtés par le doigt de Iahvé sont le Livre des destinées du monde et le Livre de vie. Un côté regarde le ciel, un autre la terre[18]. Pourquoi Moïse brise-t-il ces deux Tables devant les Juifs au pied de la montagne ? Parce qu'ils sont indignes de ce qu'on y lit, ayant adoré le veau d'or. Pardonnez-leur cette faute, dit Moïse à Iahvé, ou si vous ne le faites pas, effacez-moi de Votre Livre que vous avez écrit. Le Seigneur répond J'effacerai de mon Livre celui qui aura péché contre moi ; et au Jour de la vengeance je visiterai et punirai ce péché qu'ils ont commis[19]. VII. — LE RETOUR DE L'AGNEAU. Le Père a décidé que le monde finirait avec le Douzième cycle. Mais il y a une clause secrète pour les Juifs. Les Juifs sont les enfants de Dieu, le Père anéantira-t-il sa famille terrestre ? Grosse question, résolue déjà dans les conseils du troisième ciel. De même que Jupiter est dit Stator, Capitolin, Ammon, Tonnant, selon les cas, le Christ était dit Iehoschoua — mot hébreu qui signifie Sauveur, dont les Grecs ont fait lésons, et nous Jésus —lorsque, dédaignant toute autre besogne, il se consacrait spécialement à la défense des Juifs. Tout-puissant pour la destruction, il est tout-puissant pour le salut. C'est celui-là qu'enverra le Père. Ce que Moïse cache aux profanes, c'est le secret de cette prédestination secret fort mal gardé que tous les Juifs ont pressenti. Ce qu'Aaron demande à Iahvé, quand il lui immole l'agneau du passage, c'est de tenir la promesse qu'il a faite aux Hébreux de les épargner au Jour de la colère et de leur sacrifier les nations. Le costume du Grand Prêtre lorsqu'il se présente devant Iahvé, c'est le rational du Jugement, le Jugement confectionné, rédigé d'avance, lisible dans le ciel comme il l'était sur les deux Tables. Ce Mage, car c'en est un, porte, gravé aux épaules sur deux sardoines et répété sur douze pierres précieuses, le nom des Douze fils de Jacob, chefs des douze tribus, car les deux sardoines représentaient l'une le Soleil et l'autre la Lune, et les Douze pierres les Douze signes du Zodiaque, comme les Douze Pains de proposition représentaient les Douze Cycles de l'Œuvre, et le Chandelier à sept branches les Sept planètes. Ce prospectus astrologique, c'est la vision de Joseph[20]. Le Grand Prêtre ainsi vêtu, c'est le Livre des Destinées du monde, côté terre. Le côté ciel, c'est, encore plus juif que le Grand Prêtre, le Christ par lequel a été créé le monde. Il sera de la fin comme il a été du commencement, l'Aleph et le Thav[21]. Chaque année à Pâque on sacrifie l'agneau ; mais l'Agneau de Iahvé, l'Agneau divin qui est à nos agneaux ce que le Christ est à un Juif, l'Agneau astral, en un mot, ne meurt pas. Chaque année à l'équinoxe du printemps, il semble mourir et chaque année il renaît. Il est le principe et la somme de tous les agneaux sacrifiés depuis la première Pâque. Il est l'image du peuple juif, jusqu'ici la victime des nations, mais viendra l'Agneau de la revanche. Agneau, Pâque, Christ, c'est la même idée d'éternité. On disait du soleil pascal L'Agneau est revenu. Dans l'Apocalypse, l'Agneau est représenté sacrifié — c'est-à-dire en croix, tel qu'on le dressait pour la cuisson — au milieu des quatre points cardinaux de la sphère. Il est donc le signe du Christ étendu sur la croix céleste à l'équinoxe du printemps. Dès que ce signe apparaîtra sur la montagne de Sion, les douze tribus, reconnaissant leur marque de fabrique, marcheront à lui et l'environneront, prêtes à le suivre partout. Pour cette raison Jehoudda appelle les christiens disciples de l'Agneau. C'est le nom qu'on aurait pu donner, nonobstant leur idolâtrie, aux Juifs qui, du temps d'Ezéchiel, avaient représenté l'Apocalypse nationale sur les murailles intérieures du Temple. Car ils avaient peint toutes sortes de figures et de bêtes immondes, et toutes les Idoles de la maison d'Israël[22], c'est-à-dire les douze signes du Zodiaque et les Douze patriarches célestes, les Douze Apôtres du Christ, prototypes immortels des douze tribus. Et dans le Temple même on avait vu des femmes assises pleurant la Passion de Thammouz — c'est Adonis — comme les bonnes et aussi les mauvaises femmes d'à présent pleurent la Passion de Jésus le Vendredi saint[23]. Puisque le Fils de l'homme devait venir des cieux, c'est qu'il y avait un domicile, car s'il est vrai que, dans l'Evangile, il n'a sur terre aucun endroit où reposer sa tête, il habite au ciel un logis magnifique le Soleil qu'il emporte dans l'espace comme l'escargot entraîne avec lui sa coquille. Certes on ne peut pas dire que le Soleil soit proprement le Christ, mais il est sa lumière promenée, son tabernacle mobile[24]. Logé dans le Soleil, nourri de sa substance, vêtu de sa lumière, le Christ a douze maisons, douze mansions plutôt. Toujours on a comparé la course annuelle du Soleil, croissant et décroissant selon la saison, à la vie d'un homme qui naît et croit, décroît et meurt avec le temps. Il y a, vous le savez, un moment où la comparaison cesse d'être juste si elle l'était tout à fait, il n'y aurait plus de terre. Conçu sous la Vierge à l'équinoxe d'automne, enfant au solstice d'hiver, le Soleil est adulte lorsqu'il passe dans les Poissons, vers mars, mais quand, franchissant la ligne équinoxiale, sous l'Agneau, il entre dans notre hémisphère, il apparaît vraiment comme l'image sensible de Dieu, et le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs de la terre lesquels n'ont pu se croire quelque chose qu'en son absence. Je ne veux pas vous atteler avec moi à son char, mais tenez pour certain qu'Hercule, Bacchus, Osiris, Mithra et presque tous les dieux y étaient déjà lorsque les évangélistes y firent monter Jésus. Sous tous les masques qu'il prend on voit étinceler ses regards de feu. Les Egyptiens l'adorent enfant, les Grecs homme, on le célèbre à la moisson, aux vendanges. On le chante dans les jours du printemps et de l'été, on le pleure dans les mélancolies de l'automne, on l'espère, disent les Marseillais, dans les intimités de l'hiver. Des siècles et des siècles avant que les Juifs ne rappelassent ou Schilo ou Messiah ou Ieschoua, l'Orient ne connaissait, au-dessous de l'Invisible, d'autre dieu que l'Invaincu, l'éternel tisseur de lumière. Le mystère que les prêtres cachent au fond de leurs tabernacles, c'est ce faux mystère dont tout le monde a la clef. Partout, depuis que l'homme a des yeux pour voir le jeu tournant des nuits et des jours, on tient que le Soleil naît de la substance divine à une date qui correspond à notre 23 décembre. Partout on vénère la céleste Vierge dont les flancs immaculés donnent ce beau fruit. Point de doute nulle part, celui-là est bien né des œuvres de l'Invisible. Le joli enfant ! vit-on jamais de plus beau sourire et des formes plus pures ? Que l'image de cette Vierge féconde se dresse dans les temples et sur les places ! Et que chaque homme en passant s'incline devant la mère immaculée qui presse sur son sein cet Enfant dont on ne nomme le Père qu'avec un tremblement dans la voix ! Qu'on l'appelle Horus ou Adonis, Atys ou Bacchus, Apollon, Sérapis ou Christ, qu'on le fête au moment de sa naissance ou de sa maturité, c'est toujours le Soleil, .père du temps, qu'on adore, le dieu aux mille noms, dit Orphée. Qu'il meure comme Adonis, blessé par un sanglier, ou comme Apollon, par le serpent Python, ou comme Osiris par Typhon, ce sont des Passions héliaques sur lesquelles on se lamente dans les mystères et d'éclatantes Résurrections qu'on célèbre. VIII. — LE ZIB LES POISSONS SIGNE DE GRÂCE. Mais le jour vient où l'Agneau ne passera plus, où il ne sera plus en croix. Il y a trop longtemps qu'il s'immole au salut de la terre ! Il ne fera plus ce sacrifice annuel, il brisera le thav, cette croix sur laquelle il passe depuis le commencement du monde. La grosse affaire pour les Juifs, c'est d'être dans les bras du thav, au delà duquel il n'y aura plus rien qui ne soit à Iahvé. Dans l'écriture juive — au propre et au figuré — la lettre suprême, c'est la dernière lettre de l'alphabet hébreu, c'est le Thav et le thav est une croix. La croix de l'Agneau, ou, si vous préférez, l'équinoxe du printemps, c'est le monde en équilibre périodique. C'est à cet équinoxe que l'équilibre se rompra. Mais cette rupture aura lieu au bénéfice des Juifs. Le Grand Agneau verra l'Accomplissement des temps, la Descente et la Victoire du Christ Jésus. Il faut donc être en deçà de la ligne, du côté du Zib. Les Poissons passés, il sera trop tard. Les Poissons étaient donc au premier et au dernier rang des signes du Zodiaque engagés dans le thème christien au dernier rang, parce qu'ils sont le Mille sous lequel Satan, chef des nations, devait être anéanti par le Christ ; au premier rang, parce qu'ils sont le signe précurseur de l'Agneau sous lequel devait commencer le Royaume de Dieu. L'idée du baptême rédempteur était inscrite au ciel dans le Zib. Il convenait que les Juifs fussent de ces Poissons-là. La première condition du salut pour un poisson, c'est d'être dans l'eau. Cette idée, fondement de la pisciculture, est également celui du baptême. Toute l'eau du ciel s'étant épuisée dans le déluge et le monde devant périr par le feu, il n'y avait de remède que dans l'eau sourdant de la terre, pour cela nommée eau vive. De là le caractère sauveur des sources comme celles du Jourdain, et des fontaines comme Siloë, Ænon, Kapharnahum. Contre le Christ la Terre est sans défense, masse énorme, mais immobile et faite pour recevoir ses coups sans pouvoir les rendre. Immobile, je le répète, comme le piédestal de cette croix mouvante qui est le Christ passant par les quatre points cardinaux. Sans la croyance à l'immobilité de la terre, point de croix, et point de Christ[25]. Car sur quoi s'appuiera la croix, et où le Christ posera-t-il le pied si la terre est ronde et qu'elle tourne[26] ? Iahvé négligea d'avertir Jehoudda que la terre était ronde et mobile. Quelle déception en effet si le Fils de l'Homme, au lieu de mettre pied à terre en Judée, allait descendre aux antipodes de Jérusalem, en un lieu où des hommes incirconcis auraient eu les pieds en haut et la tète en bas ! Jehoudda ne se demanda point par où les astres auraient accompli leur révolution si la terre eût été infinie, et il fut convenu que, devant les Révélations positives de Iahvé, on mépriserait profondément les sciences naturelles et physiques, source de tous les maux qui affligeaient les Juifs. On ne saurait en vouloir aux christiens d'avoir ignoré les formes du monde et les lois créées par Dieu. Beaucoup de savants païens et fort honnêtes pensaient là-dessus comme les Juifs. Lucrèce a soutenu qu'il n'y avait point d'antipodes et que le soleil n'était pas plus grand au ciel qu'il ne paraissait à l'œil. Cette thèse n'a rien de scandaleux dans la bouche d'un homme qui n'y mêle pas Dieu. Mais c'est un blasphème chez des gens qui disent Le dieu qui nous a révélé ces belles choses est le vrai Dieu, et qui ne tarderont pas à ajouter Si vous ne le croyez pas, nous vous tuerons de sa part. Le dieu qui a créé les lois de la pesanteur, de la gravitation et de l'attraction, et qui, semble-t-il, est le vrai Dieu, ne leur avait rien révélé du tout. S'il inspira des hommes sous Auguste, ce sont les païens sectateurs de Pythagore et d'où sont issus les Strabon et les Ampélius, que Jehoudda exclut du salut. La science antique nous a été volée pendant l'invasion christienne ; les paroles de Dieu à ses vrais enfants, les philosophes, ont été submergées par le flot des paraboles juives. Mais ils sont nombreux ceux à qui il avait dit à l'oreille Attention ! Je vous emporte à votre insu dans un mouvement rapide. La terre n'est point immobile dans le monde, ni le monde autour de la terre. Vous tournez autour de corps qui tournent autour de vous[27]. N'allez pas vous figurer que je descendrai un jour pour faire votre connaissance, et surtout ne m'insultez pas au point de croire que j'enverrai pour juger les hommes un petit Juif de Gaulanitide qu'on va crucifier sous Tibère pour crimes de droit commun. IX. — LA GRANDE ANNÉE, LE GRAND JOUR. L'Apocalypse de Jehoudda résultait et d'une tradition exaltée par le zèle religieux et d'un plagiat astrologique corroboré par quelques observations. Outre les Douze signes, les Sept planètes jouaient un rôle éminent à raison de la situation qu'elles occupaient au début du monde. Lorsque l'état du ciel les, ramènerait à leur point de départ, le Christ prendrait lui-même la direction des Douze Apôtres, et cette Année-là c'en serait fait de Satan qui gouvernait l& monde contre les Juifs[28]. Quand viendrait la Grande Année, le Mille du Zib, comme disait Jehoudda ? En l'an de Rome 739, il estimait qu'environ cinq cycles s'étaient écoulés depuis Adam, et que le Mille en cours ou Mille du Sachû le Verseau finirait avec le 14 nisan 788[29]. Le Douzième mille ou Mille du Zib commencerait le soir même et le Christ viendrait avec l'Agneau de la pâque. Toutefois il ne fallait pas que les Juifs s'imaginassent éluder le Jugement. Les Douze Apôtres jugeraient les douze tribus. Sur le Jugement de Dieu, toutes les Écritures s'accordaient. L'idée pouvait effrayer, elle ne pouvait pas surprendre. Moïse et les prophètes annonçaient tous cette terrible journée d'Iahvé, mais tous ne promettaient pas aux Juifs l'empire d'un monde créé exprès pour eux. Beaucoup croyaient qu'en ce jour il y aurait Fin du monde et Jugement sans appel. Il fut révélé à Jehoudda qu'avant cette solution le Christ viendrait renouveler la terre par un Jugement d'attente et pour une période de mille ans après laquelle le Père lui-même prononcerait l'arrêt définitif. Il dépendait des Juifs d'échapper à la destruction partielle en même temps qu'aux conséquences du Premier jugement, lesquelles n'étaient pas minces. En observant la Loi avec autant de rigueur contre les Juifs adultères que contre les païens, ils gagneraient le salut et régneraient mille ans avec le Christ, jusqu'à ce que vînt à son tour le Royaume éternel du Père. Ceux qui auraient abandonné cette Loi, révélée à Moïse par le Verbe, ceux-là iraient en enfer confondus avec les autres hommes — la plus dure de toutes les punitions ! Ceux qui l'auraient servie sans défaillance iraient dans l'Eden millénaire, et là ils jouiraient d'un bonheur dont ils ne pouvaient se faire qu'une faible idée, étant donné la pauvreté de l'imagination humaine. Mille ans, cela pouvait sembler long pour des esprits superficiels. Mais quoi ! le Verbe avait, au gré de sa puissance, fait vivre des hommes sept cents, huit cents, neuf cents ans, il avait modelé de ses mains Hénoch et Élie qu'il avait soustraits à la mort et transportés dans le ciel. A quoi bon pleurer le Paradis terrestre ? Iahvé pouvait le rendre à ceux qui croyaient en son Christ. Qu'était-ce, pour lui, de faire qu'on vécût en ce séjour une seconde vie égale à celle qu'avaient vécue les patriarches ? Mille ans, qu'était-ce pour celui qui avait créé le temps ? Les Juifs se plaignaient du raccourcissement de la vie, l'attribuant non au premier péché mais à ceux des générations nouvelles. Le premier péché, on l'expiait par la mort, mais celui des générations, par une diminution de longévité. Ah ! le bon temps que celui où les hommes atteignaient dix-neuf jubilés, près de mille ans ! Mais comme il a passé vite ! Quand on pensait qu'Abraham avait eu de la peine à vivre jusqu'à cent soixante-quinze ans ! Aujourd'hui on s'estimait vieux quand on arrivait à quatre-vingts ! Quelle misère ! Mais patience, voilà que Iahvé va faire périr cette terre souillée par l'existence des incirconcis, il la refera pour les Juifs seuls et leurs jours s'allongeront sans fin. Pendant tout le Mille du Zib c'est le Christ Jésus qui régnait[30]. Il coupait l'Arbre de la science du bien et du mal dont le fruit avait perdu Adam, le jetait au feu et replantait l'Arbre de vie dont le fruit était éternel. A la fin du Douzième mille, le songe de Joseph était accompli, et Iahvé se réunissait à son peuple sur les derniers débris du monde païen.
dans un amphithéâtre y avait un macchabée